Il y a des logos qu’on reconnaissait au premier coup d’œil sur une boîte de jeu. Celui des Bitmap Brothers en faisait partie. Pour beaucoup de joueurs de mon âge, ce nom était une promesse : des graphismes d’une netteté impressionnante, une ambiance sonore percutante, et un gameplay qui ne pardonnait pas grand-chose.
Les Bitmap Brothers ont développé une bonne partie de leurs jeux sur Atari ST et Amiga à la même époque, et plusieurs de leurs titres sont testés en vidéo sur la chaîne. Ce guide les passe en revue, dans l’ordre, avec ce qu’il faut retenir de chacun.
Qui sont les Bitmap Brothers ?
Le studio est fondé à Londres à la fin des années 80 par Mike Montgomery, Steve Kelly et Eric Matthews. Leur idée : se présenter presque comme un groupe de rock, avec une image soignée, des lunettes noires sur les photos de presse, et un style graphique immédiatement reconnaissable. Dans un milieu où les développeurs restaient souvent anonymes, c’était une démarche nouvelle.
Mais l’image n’aurait servi à rien sans les jeux. Et les Bitmap Brothers ont enchaîné, sur quelques années, une série de titres qui a marqué l’ère 16 bits.
Le style Bitmap Brothers
Avant de parler des jeux un par un, voici ce qui les relie :
- Des graphismes métalliques : des tons gris, bleus et cuivrés, des reflets, un aspect « chromé » qui tire le meilleur de la palette limitée du ST.
- Une vraie attention au son : les Bitmap Brothers ont souvent travaillé avec des musiciens renommés, et certaines de leurs musiques sont devenues cultes.
- Un gameplay exigeant : des jeux durs, parfois frustrants, mais rarement injustes une fois qu’on les maîtrise.
- Un sens du design : menus, écrans de présentation, typographie, tout est soigné.
Xenon (1988)
Xenon est le premier grand succès du studio. Publié par Melbourne House en 1988, ce shoot them up vertical permet de passer d’un vaisseau volant à un véhicule au sol, avec des armes et des comportements différents. Selon les informations disponibles, il s’est classé parmi les meilleures ventes de jeux ST au Royaume-Uni au printemps 1988.
Xenon pose déjà les bases : graphismes métalliques, difficulté élevée, et musique signée David Whittaker. Il n’a pas la richesse de sa suite, mais il reste un shoot très solide sur ST.
Speedball (1988)
La même année, Speedball invente un sport futuriste et violent, entre handball et hockey sur une arène métallique fermée. Publié par Image Works, il se joue à un ou à deux, et son rythme est redoutable.
Speedball est le prototype d’un concept que sa suite va porter au sommet. Dans ma vidéo, on voit bien la brutalité des contacts et la vitesse du jeu.
Xenon 2 Megablast (1989)
Xenon 2 Megablast reste l’un des shoot them up les plus célèbres de l’ère 16 bits, en partie grâce à sa musique : une adaptation du morceau « Megablast » de Bomb the Bass, un choix très original pour l’époque. Le jeu ajoute une boutique entre les niveaux, où l’on achète des armes avec l’argent gagné.
La vidéo de Xenon 2 est disponible sur la chaîne et fera l’objet d’un prochain test détaillé.
Speedball 2 : Brutal Deluxe (1990)
Speedball 2 est souvent considéré comme le chef-d’œuvre du studio. On y dirige l’équipe des Brutal Deluxe, avec une gestion des joueurs entre les matchs, l’achat de joueurs et l’amélioration de leurs statistiques, et un gameplay d’une richesse étonnante. C’est aussi l’un des meilleurs jeux à deux de la machine.
Cadaver (1990)
Avec Cadaver, les Bitmap Brothers changent de registre. C’est un jeu d’aventure et d’action en 3D isométrique, où l’on explore un château rempli de pièges, d’objets et d’énigmes. Plus lent, plus réfléchi, il montre que le studio savait faire autre chose que de l’action pure.
Gods (1991)
Gods est publié par Renegade, le label créé en partenariat avec le label de musique Rhythm King. C’est un jeu de plateforme et d’action exigeant, avec une intelligence artificielle qui adapte certains événements à la façon de jouer, et une musique signée Nation 12, projet de John Foxx. La version ST est indiquée comme améliorée pour le STE.
Gods est l’un de ces jeux qui demandent de la patience : les niveaux sont longs, les pièges nombreux, et chaque erreur se paie cher. Mais la sensation de progression est immense.
Magic Pocket (1991)
Magic Pocket surprend par son ton léger. On y dirige un petit personnage qui se sert de sa poche magique pour neutraliser les ennemis, dans des mondes colorés. C’est le Bitmap Brothers le plus « mignon », et un contrepoint intéressant à l’ambiance métallique de leurs autres jeux.
The Chaos Engine (1993)
The Chaos Engine, publié par Renegade en 1993, est un jeu d’action à deux en vue de dessus dans un univers steampunk. On choisit deux mercenaires parmi six, chacun avec ses caractéristiques, et l’on progresse dans des niveaux remplis de monstres, de clés et de secrets. Si l’on joue seul, l’ordinateur contrôle le second personnage.
C’est l’un des derniers grands jeux de la ludothèque du ST, amélioré pour le STE, et un superbe chant du cygne. Sa musique, signée Richard Joseph, contribue beaucoup à l’ambiance.
Le ST face à l’Amiga pour les Bitmap Brothers
Les jeux Bitmap Brothers ont souvent été développés en parallèle sur ST et Amiga. Dans l’ensemble, les versions ST sont très proches visuellement, mais le son est en retrait sur la plupart des titres, faute des capacités audio de l’Amiga. Le défilement est aussi parfois moins fluide. Cela dit, pour un joueur ST de l’époque, ces jeux faisaient partie des plus impressionnants de la machine.
La musique, l’autre signature du studio
On parle beaucoup des graphismes des Bitmap Brothers, mais leur rapport à la musique mérite qu’on s’y arrête. Le studio a travaillé avec des compositeurs reconnus du jeu vidéo, comme David Whittaker sur Xenon et Speedball, ou Richard Joseph sur The Chaos Engine, mais il est aussi allé chercher des artistes venus de la musique électronique : Bomb the Bass pour Xenon 2, Nation 12, le projet de John Foxx, pour Gods.
Sur Atari ST, ces musiques passent par la puce YM2149, bien moins riche que le son de l’Amiga. Certaines versions ST s’en sortent très honorablement, d’autres perdent une partie de leur impact. C’est l’un des points que j’aime comparer en rejouant à ces jeux : entendre comment les musiciens ont adapté leurs morceaux aux trois voies du ST.
Renegade, le label maison
À partir de Gods, les Bitmap Brothers publient leurs jeux sous le label Renegade, fondé avec Rhythm King, une maison de disques. L’idée était de mieux contrôler l’édition de leurs jeux et de les accompagner d’une image proche de celle de la musique. Magic Pocket et The Chaos Engine sortent aussi sous ce label.
Pourquoi ces jeux comptent encore
On pourrait se dire que ces jeux n’intéressent plus que les nostalgiques. Je ne le crois pas. Les Bitmap Brothers ont montré très tôt qu’un studio pouvait avoir une identité visuelle forte, soigner sa communication et construire une marque autour de ses jeux, ce qui est devenu banal depuis. Leurs idées de game design ont aussi voyagé : l’arène fermée et la gestion d’équipe de Speedball 2, ou le partenaire contrôlé par l’ordinateur de The Chaos Engine, se retrouvent sous d’autres formes dans bien des jeux plus récents.
Et puis il y a le simple plaisir du jeu. Une partie de Speedball 2 à deux reste aussi intense qu’il y a trente ans, et la première fois qu’on termine un niveau de Gods procure toujours la même satisfaction.
Ce qui a vieilli
Soyons honnêtes : tout n’a pas le même éclat aujourd’hui. Xenon et Gods sont durs, parfois au point de décourager, et demandent de mémoriser les niveaux. Cadaver réclame beaucoup de patience et un certain goût pour l’exploration méthodique. Les versions ST souffrent aussi, sur certains titres, d’un défilement moins fluide et d’un son en retrait par rapport à l’Amiga.
Mais le cœur de ces jeux tient toujours : la lisibilité des graphismes, la précision des commandes, et surtout ce sens du rythme qui fait qu’on relance une partie juste après avoir perdu. Speedball et The Chaos Engine, en particulier, restent de vrais plaisirs à deux.
Par quel jeu commencer ?
- Pour l’action immédiate : Speedball, puis Speedball 2 si vous accrochez.
- Pour le shoot : Xenon, puis Xenon 2.
- Pour la plateforme exigeante : Gods.
- Pour jouer à deux : The Chaos Engine.
- Pour la réflexion : Cadaver.
- Pour un moment plus léger : Magic Pocket.
D’autres jeux dans le même esprit
Si vous aimez le style Bitmap Brothers, d’autres jeux de la même époque sont à découvrir sur la chaîne : SWIV et Armalyte pour le shoot, Killerball pour le sport futuriste, et Cannon Fodder pour l’action en vue de dessus.
Et aujourd’hui ?
Plusieurs jeux des Bitmap Brothers ont été réédités sur les plateformes modernes, parfois dans des versions remasterisées. Pour retrouver les versions ST d’origine, l’émulation reste la meilleure solution : un STE avec 1 Mo couvre tous leurs jeux, et permet de profiter des améliorations de Gods et de The Chaos Engine.
Mon avis
Les Bitmap Brothers ont apporté au jeu vidéo 16 bits quelque chose qui manquait souvent : une identité. Leurs jeux ne se ressemblent pas tous, mais on reconnaît leur patte dans chaque écran. Sur Atari ST, ils ont prouvé que la machine pouvait accueillir des jeux au niveau des meilleurs, à condition de savoir la dompter. Rejouer à leur catalogue aujourd’hui, c’est retrouver une époque où le nom du studio suffisait à faire acheter un jeu.