Un hélicoptère qui remonte l’écran, une jeep qui s’accroche au sol pendant que la mitraille adverse tombe du haut, et deux joueurs qui se partagent le même bout de ciel en essayant de ne pas se tirer dessus par mégarde. Voilà SWIV, un jeu qu’on lance « pour voir » et qu’on relance trois heures plus tard parce qu’il reste un boss à battre. Sur Atari ST, il arrive en 1991, à un moment où l’on croyait avoir fait le tour du shoot’em up vertical. Il a prouvé que non.

Un hélico, une jeep, et une généalogie un peu floue

Commençons par remettre les choses dans l’ordre, parce que la mémoire collective embrouille volontiers les dates. SWIV n’est pas un jeu de 1989 : les sources (AtariMania, MobyGames, Wikipédia) donnent 1991 pour la version Atari ST, publiée par Storm, le label de The Sales Curve. Côté développement, les fiches divergent un peu. AtariMania crédite Random Access comme développeur et range The Sales Curve en distributeur, alors que Wikipédia met plutôt The Sales Curve en avant. Difficile d’être catégorique sur la répartition exacte des rôles, mais le tandem Storm / Sales Curve est, lui, bien établi.

Le nom a une histoire. Le manuel présenterait SWIV comme un acronyme, et certaines sources le rattachent à « Silkworm IV », alors qu’il n’y a jamais eu de Silkworm II ou III. L’ancien producteur de The Sales Curve, Dan Marchant, l’a dit clairement : ce n’est pas vraiment une suite, c’est un jeu inspiré de Silkworm. Ce dernier, borne de Tecmo que le même Sales Curve avait converti sur micros en 1989, reposait sur un duo qui a fait des petits : un hélicoptère et une jeep, deux véhicules, deux joueurs. SWIV garde cette idée et la transpose dans un scrolling vertical. On parle donc plutôt de successeur spirituel que de suite officielle, et c’est une nuance qui compte.

SWIV sur Atari ST, séquence de jeu — chaîne AtariGreenlog

Deux véhicules, deux façons de s’en sortir

Le genre est limpide : c’est un shoot’em up à défilement vertical, de ceux où l’on monte vers le haut de l’écran en tirant sur tout ce qui bouge, et sur beaucoup de choses qui ne bougent pas. Le jeu se joue seul ou à deux simultanément, au joystick ou au clavier d’après la fiche AtariMania. Chaque joueur choisit son engin : l’hélicoptère, qui survole le décor, ou la jeep blindée, qui reste sur le terrain. D’après MobyGames, la jeep se transforme même en bateau quand le parcours passe sur l’eau, ce qui est un petit détail charmant dans un genre qui n’en abuse pas.

Le principe de progression est classique, et c’est tant mieux. Certains ennemis lâchent des bonus de bouclier, qui donnent une invincibilité passagère ou, selon Wikipédia, peuvent être déclenchés pour nettoyer l’écran. Les boss, qui reviennent à intervalles réguliers, font monter en puissance votre tir frontal. Rien de révolutionnaire sur le papier. Mais le genre n’a jamais eu besoin de révolution : il lui faut un rythme, de la lisibilité et ce moment délicieux où l’on se dit « encore une vague et j’arrête ». SWIV sait fabriquer ce moment.

Le coopératif, vraie raison d’y retourner

Sur ce genre de jeu, tout se joue à deux. Seul, SWIV est un bon défouloir ; à deux, c’est une petite chorégraphie du chaos. Il faut se répartir l’espace, éviter de passer devant l’autre au mauvais moment, rattraper celui qui vient de se faire pulvériser pendant que l’écran se remplit de projectiles. Le critique de ST Format (numéro 22, sous la plume d’Adam Waring, selon la copie en ligne du test) soulignait justement que le mode deux joueurs apporte beaucoup au jeu. Je ne peux que valider : un coopératif sur un seul écran, sans réseau, sans lobby, juste deux joysticks et un copain à portée de coude, c’est la formule qui a fait vivre toute une génération de salons.

Le duo hélico / jeep a aussi un intérêt de game design que la répétition ne fait pas disparaître : deux véhicules, deux manières de se placer, donc deux manières de rater. On se surprend à se chamailler sur qui prend quoi, ce qui est déjà un bon signe pour un jeu de tir.

Ce que le ST fait de son côté

Parlons technique, parce que c’est ici qu’on se souvient qu’on joue sur un ST et pas sur un Amiga. La fiche AtariMania note un détail amusant : l’écran d’introduction exploite la palette de l’STe et affiche jusqu’à 28 couleurs, contre 27 sur un ST classique. Autrement dit, un clin d’œil aux possesseurs de la machine améliorée, sans pour autant laisser les autres sur le bas-côté. Voilà qui illustre bien l’état d’esprit des éditeurs de l’époque : le ST de base reste la cible, l’STe est un bonus.

Le scrolling, lui, est vanté comme fluide dans la critique de ST Format, et c’est l’essentiel pour un jeu où l’on doit voir arriver les ennemis à temps. En revanche, le même test reprochait des graphismes un peu ternes et un son sans éclat. C’est un reproche courant sur ST à cette période : les décors tiennent à une palette limitée, et quand on empile des sprites, des tirs et des explosions, la lisibilité prime sur le joli. Un commentaire de joueur sur AtariMania relève aussi que les bruitages mériteraient d’être plus soignés et que le jeu manque de musique en cours de partie. La fiche crédite pourtant un musicien, Andrew Barnabas, ce qui laisse penser que la musique est surtout réservée à certains écrans, mais je n’ai pas trouvé de source pour trancher davantage.

Et l’Amiga alors ? Le jeu est sorti sur les deux machines, ainsi que sur les micros 8 bits, et les magazines Amiga l’ont couvert de louanges : Amiga Format lui a attribué 92 %, Amiga Action 91 %, d’après Wikipédia. Je n’ai pas trouvé de note chiffrée pour la version ST dans les sources consultées, donc je m’abstiens d’en inventer une. On peut simplement dire que la conversion tient la comparaison sur le terrain du gameplay, là où le ST a toujours été bon : un jeu de tir qui bouge bien et répond au doigt.

Ce que valent aujourd’hui les 9,7 / 10 des joueurs

Sur AtariMania, les lecteurs lui donnent 9,7 sur 10 pour 143 votes. C’est un score très flatteur. Il faut évidemment relativiser, les notes des visiteurs d’un site rétro sont celles de gens qui aiment déjà la machine et qui revisitent leurs souvenirs. L’un d’eux parle de « shoot’em up perfection », ce qui est un brin dithyrambique, mais pas totalement injuste.

Les chiffres de l’époque vont dans le même sens. La même fiche indique que le jeu a atteint la 9e place des ventes britanniques sur ST en juin 1991 et qu’il est resté trois mois au classement. Ce n’est pas un hit planétaire, mais pour un shoot’em up sorti sur une machine dont les meilleures années étaient derrière elle, c’est un très honorable parcours. ST Format a d’ailleurs défini le jeu comme un croisement entre Silkworm et Xenon, tout en lui reprochant de ne rien inventer de neuf. Le reproche est juste, et il s’accompagne d’un compliment implicite : mieux vaut un classique bien exécuté qu’une originalité bancale.

Y rejouer sans se faire d’illusions

Si vous voulez le découvrir, l’émulation est la voie royale : un émulateur ST comme Hatari ou Steem fait le travail, et le jeu se charge à partir d’une image disque. Prévoyez un deuxième joystick, ou à défaut le clavier pour l’un des deux joueurs. Cherchez un partenaire, c’est indispensable. Si vous jouez seul, attendez-vous à un jeu efficace mais plus austère, qui récompense la mémorisation et les réflexes.

Ne comptez pas sur lui pour vous surprendre. Comme le disait ST Format, il emprunte beaucoup à des jeux similaires. Mais il le fait bien, avec une vraie générosité de rythme, un défilement qui ne flanche pas et cette idée simple du duo véhicule aérien / véhicule terrestre qui lui donne une identité. À une époque où les shoot’em up se ressemblaient presque tous, c’est déjà un exploit.

Alors, redécouverte méritée ? Oui, sans réserve pour qui aime le genre et dispose d’un second joueur. SWIV n’est pas le shoot’em up le plus audacieux de la ludothèque du ST, mais c’est l’un de ceux qu’on a plaisir à relancer, simplement parce qu’on se souvient qu’il y a un boss qu’on n’a jamais vraiment dompté.

À lire aussi sur le blog :
→ Silkworm sur Atari ST, l’ancêtre dont SWIV hérite le duo hélicoptère et jeep.
→ Xenon sur Atari ST, l’autre shoot’em up vertical auquel ST Format le comparait.

En savoir plus : fiche AtariMania · fiche MobyGames · Wikipédia.

FICHE DU JEU

Jeu
SWIV
Machine
Atari ST
Sortie
1989
Référence
SWIV sur Atarimania

Y rejouer aujourd'hui

L'émulateur libre Hatari reproduit l'Atari ST sous Windows, macOS et Linux. Il lui faut l'image disque du jeu, à tirer de votre propre disquette. Les versions originales se trouvent encore d'occasion, et certains éditeurs ont réédité leurs titres.