Il y a des titres qui promettent plus que ce qu’ils contiennent, et Indy 500 sur Atari ST en fait partie. Le nom évoque le bruit des V8, la brique d’Indianapolis, le tour d’honneur sous le drapeau à damier. Ce qu’on lance réellement sur la machine, c’est un jeu de course discret, sorti d’un petit éditeur néerlandais, dont les propres sources disent à demi-mot qu’il a démarré sa vie comme un jeu de Formule 1. Autant le dire tout de suite : ce n’est pas un classique oublié qu’il faut réhabiliter à tout prix. C’est une curiosité, et les curiosités, sur ce blog, on aime bien les regarder de près.

Ce que le jeu est vraiment, et ce qu’il n’est pas

Commençons par ranger les étiquettes. Indy 500 est un jeu de course automobile, pas un jeu d’action au sens vague où on l’emploie parfois pour tout ce qui bouge à l’écran. AtariMania le classe dans la catégorie « Racing – Formula One », ce qui est déjà une indication précieuse : on est du côté des monoplaces, pas des bolides de stock-car américains. La même fiche précise qu’il se joue seul, au joystick, en basse résolution, et qu’il tourne sur un ST ou un STe avec 512 Ko de mémoire. AtariLegend, de son côté, le range plutôt dans « Simulation » et « Sport », ce qui revient à peu près au même : une épreuve de pilotage où l’on cherche à finir devant les autres.

Côté paternité, les bases de données se recoupent sans se contredire. Le programmeur crédité est H. Fröberg, et le jeu porte le nom de Methodic Solutions, une structure néerlandaise. AtariMania mentionne Aackosoft comme distributeur,, et signale une autre édition sous l’étiquette Euro Soft. AtariLegend évoque pour sa part une sortie chez Eurosoft. On n’a donc ni gros éditeur britannique, ni studio français réputé, ni équipe de légende : un auteur, un petit label, un jeu distribué en Europe.

Pas d’éditeur américain, donc, et pas de 1989 non plus : si vous avez lu l’inverse quelque part, les fiches ne vous donnent pas raison.

Indy 500 sur Atari ST, en images — chaîne AtariGreenlog

Une date qui bouge selon qui l’on interroge

Dater ce jeu demande un peu de prudence, parce que les sources ne tombent pas d’accord. AtariMania indique 1987 pour la version Atari ST, avec le pays d’origine aux Pays-Bas. AtariLegend retient 1988 pour la sortie chez Eurosoft. Une base de données consacrée aux jeux de course d’Indianapolis, le Speedway Gaming Museum, place même la version MSX dès 1986 dans le titre de sa fiche, tout en parlant de 1987 sur la page d’accueil. Bref, difficile d’être catégorique : on est quelque part entre 1986 et 1988, et le plus probable, pour le ST, reste 1987-1988.

Ce flou n’a rien d’exceptionnel. À cette époque, un petit jeu pouvait sortir en cassette ou en disquette sur un micro, être converti sur un autre quelques mois plus tard, puis repris en compilation sous une autre bannière. La version MSX existe d’ailleurs bel et bien : elle figure au catalogue de Methodic Solutions, avec des éditions en disquette, en cassette et même une cassette espagnole chez System 4 en 1988. Le ST n’a donc pas été le premier terrain de jeu de cette course, il en a hérité.

L’Indy 500 sans l’Indy : une Formule 1 rhabillée

C’est le détail qui rend ce jeu attachant malgré lui. Selon le Speedway Gaming Museum, Indy 500 « a clairement commencé sa vie comme un jeu de Formule 1 » avant d’être rebaptisé pour la sortie, et la version Atari ST utiliserait encore des noms de pilotes et d’écuries de F1. Autrement dit, quelqu’un a pris un jeu de Grand Prix, a collé dessus le nom d’une course plus connue du grand public, et l’a envoyé dans les boutiques. Le musée le décrit même comme le premier de ces jeux de Formule 1 « à moitié rebaptisés » en jeux d’Indy 500, et le note en conséquence.

Pour mesurer le décalage, il suffit de rappeler ce que représente la vraie course. Les 500 miles d’Indianapolis se disputent depuis 1911 sur l’Indianapolis Motor Speedway : un anneau de 2,5 miles qu’on parcourt 200 fois, à des vitesses qui donnent le vertige, dans une culture automobile américaine qui n’a presque rien à voir avec celle des circuits de Grand Prix européens. Le fait que le jeu garde des noms de F1 sous un titre d’Indianapolis est un petit télescopage amusant. C’est un peu comme vendre un roman policier français avec une couverture de western.

Je ne vais pas non plus prétendre que ça gâche l’expérience. Pour un joueur européen de 1987, le mot « Indy 500 » parlait peut-être davantage que le nom d’un obscur championnat de F1. Le marketing, déjà, tirait sur les ficelles du prestige.

Un titre qui en cache d’autres

Autre piège : le nom est tellement générique qu’on le retrouve partout. Le premier Indy 500 que beaucoup de gens ont en tête est celui d’Atari sur la console 2600, un des neuf jeux disponibles au lancement de la machine en septembre 1977, qui se jouait avec des manettes à bouton rotatif. Rien à voir avec la version ST, qui lui est postérieure de dix ans. Il existe aussi un Indianapolis 500: The Simulation signé Papyrus et publié par Electronic Arts, sorti en 1989 sur PC puis sur Amiga, qui n’a de commun avec notre jeu que l’événement qu’il évoque. À ma connaissance, aucune version ST de ce titre-là n’est répertoriée.

Les confusions sont faciles : quand on cherche « Indy 500 », on tombe sur plusieurs jeux, et il est facile de mélanger les dates et les éditeurs. Si vous cherchez la bonne disquette, retenez les éléments propres à celle-ci : Methodic Solutions, Aackosoft ou Eurosoft selon les éditions, un programmeur nommé Fröberg, et un jeu pensé pour le joystick.

Ce que la fiche technique laisse deviner du plaisir de jeu

Je préfère être franc : aucune des fiches consultées ne décrit en détail la façon dont le jeu se pilote, le nombre de circuits ou la nature de la vue. Plutôt que de broder, voici ce qu’on peut raisonnablement en dire. Jeu pour un seul joueur, au joystick, en basse résolution : le cadre est celui d’une course d’arcade de salon, sans mode à deux pilotes. La vidéo de la chaîne AtariGreenlog, juste au-dessus, est le meilleur moyen de se faire sa propre idée de la vitesse, de la lisibilité de la piste et de la sensation de conduite. Un joueur de l’époque, lui, avait la boîte, une disquette et une demi-heure à tuer.

On peut, en revanche, dire quelque chose de la version MSX qui lui sert de cousine. Le Speedway Gaming Museum la décrit comme une tentative précoce de jeu d’Indy en trois dimensions, mais lente et affligée d’un fort scintillement. Rien n’indique que le ST souffre exactement des mêmes défauts, l’Atari ST étant bien plus puissant que le MSX. Mais cela donne une idée de l’ambition technique du projet : essayer de simuler la profondeur d’une piste avec des moyens limités, quitte à sacrifier la fluidité.

Face aux ténors de la course sur ST

Si l’on veut situer Indy 500 dans la ludothèque ST, il faut le mettre à côté de ce que la machine proposait de mieux en monoplace. Quelques années plus tard, Formula One Grand Prix proposait une simulation autrement plus ambitieuse du championnat du monde. Vroom, de son côté, offrait une approche plus arcade mais très soignée de la Formule 1. Face à eux, notre jeu de Methodic Solutions ressemble à un petit frère modeste, venu d’un temps où le 3D de course était encore une promesse.

La note des joueurs le confirme avec une honnêteté désarmante : 5,0 sur 10 sur AtariMania, mais sur six votes seulement. C’est trop peu pour en tirer une vérité, juste assez pour comprendre que personne ne crie au chef-d’œuvre. AtariLegend, lui, n’affiche encore aucune note ni aucun test. Je n’ai trouvé aucun test d’époque en magazine, et je ne vais pas en inventer un.

Y jouer aujourd’hui sans se raconter d’histoires

Si l’envie vous prend de le lancer, l’émulateur Hatari fait très bien le travail, et les images de disquettes circulent dans les collections de la scène ST. AtariLegend recense même quatre disk magazines où le jeu apparaît au menu, comme Blue SoftWare ou Zuul : signe qu’il a circulé dans le milieu à l’époque. Ce n’est pas un jeu pour y passer des soirées entières. C’est un jeu pour comprendre comment on rhabillait les licences et les genres quand la concurrence faisait rage.

Il y a quelque chose de touchant dans ce genre de titre. Pas de grande équipe, pas de campagne de pub, pas de test dans les revues : un programmeur, un thème qui fait vendre, un petit éditeur et une disquette. On est loin des productions qui ont fait la gloire du ST, mais ce sont aussi ces jeux-là qui faisaient vivre la machine au quotidien. Les passionnés de course qui veulent creuser du côté des monoplaces feront mieux de commencer par les deux jeux cités plus haut, puis de revenir ici pour la curiosité historique.

Au final, Indy 500 sur Atari ST n’a pas volé son nom : il l’a emprunté. Une Formule 1 en costume d’Indianapolis, aux origines discrètes et à la date incertaine. Pas de quoi lancer une querelle ST contre Amiga, mais assez pour garder le jeu sous le coude, au rayon des curiosités à montrer à un ami qui dit tout connaître de la machine.

À lire aussi sur le blog :
→ Formula One Grand Prix sur Atari ST (1991), la vraie Formule 1 sur la même machine.
→ Vroom sur Atari ST, la simulation F1 à la française qui n’avait pas à rougir.

En savoir plus : fiche AtariMania · fiche AtariLegend.

FICHE DU JEU

Jeu
Indy 500
Machine
Atari ST
Sortie
1989
Référence
Indy 500 sur Atarimania

Y rejouer aujourd'hui

L'émulateur libre Hatari reproduit l'Atari ST sous Windows, macOS et Linux. Il lui faut l'image disque du jeu, à tirer de votre propre disquette. Les versions originales se trouvent encore d'occasion, et certains éditeurs ont réédité leurs titres.