Un camion, ça ne dérape pas, ça ne se faufile pas, ça ne pardonne rien. Quarante tonnes de métal (enfin, ici, quelques pixels rouges ou bleus qui font semblant) lancés sur un circuit avec cinq autres mastodontes, une remorque qui se balade derrière vous comme un chien mal tenu en laisse… Sur le papier, c’est une idée de pilote de karting qui aurait trop regardé les courses de poids lourds à la télé. Sur Atari ST, c’est International Truck Racing, et il vaut mieux savoir dans quoi on met les roues avant de se lancer.

Zeppelin Games et ses camions : d’où vient ce drôle de jeu

Commençons par remettre les choses dans l’ordre, parce que beaucoup de fiches en ligne racontent n’importe quoi sur ce titre. International Truck Racing est un jeu Zeppelin Games, à la fois développeur et éditeur selon les bases de données consultées (LaunchBox, ExoticA). Pas de Mindscape ni de grand nom du marché ici : Zeppelin est un éditeur britannique connu pour des sorties plutôt modestes, et ça se ressent dans l’ambition comme dans le budget du jeu. L’année de sortie sur Atari ST est donnée comme 1992 par ExoticA et LaunchBox ; le test d’époque que j’ai retrouvé, celui de ST Format (numéro 45, signé Jon Pillar), est un peu plus tardif, et certaines pages le datent de 1993. Difficile d’être catégorique à l’année près : disons fin 1992, début 1993.

La musique est créditée à William Hensel sur ExoticA. Le jeu est aussi sorti sur Amiga, et une version Commodore 64 est évoquée dans certaines bases. Ici, on parle de la version ST, celle de notre longplay.

Et pour ceux qui chercheraient une « action » dans le tas : non. International Truck Racing est un jeu de course, vu de dessus, avec des règles de championnat. On est plus proche de la famille des Super Sprint et autres courses en vue aérienne que d’un simulateur de conduite en 3D.

International Truck Racing sur Atari ST, longplay — chaîne AtariGreenlog

Six camions, des circuits du monde entier et un plein à faire

Le principe est limpide. Chaque course aligne six camions sur des circuits présentés comme internationaux. Seuls les trois premiers marquent des points, et il faut finir dans le trio de tête pour passer à la manche suivante. Pas de demi-mesure : si vous traînez à la quatrième place, c’est terminé pour vous. Un championnat à la dure, donc, où chaque erreur se paie immédiatement.

Premier détail qui change la donne : la consommation de carburant. Toutes les deux ou trois boucles, il faut rentrer aux stands et attraper le drapeau à la couleur de son camion. C’est une idée toute simple, mais elle casse le rythme d’une course de pure vitesse : à quel moment s’arrêter ? Trop tôt et vous perdez des secondes précieuses, trop tard et vous êtes à sec dans la ligne droite. Le test de ST Format mentionne aussi une jauge de dégâts qui oblige à repasser par les stands pour réparer. Autrement dit, le jeu vous dit clairement qu’un camion n’est pas une voiture de course : ça se ménage.

Le mode deux joueurs est de la partie, et c’est sans doute là que le jeu trouve ses meilleures minutes. Pousser le camion d’un copain contre les barrières, c’est un plaisir lourd, bruyant et très peu élégant. Exactement ce qu’on attend d’un jeu de camions.

La remorque, ce poids mort qui fait tout le jeu

Le vrai sujet de International Truck Racing, c’est le comportement de la remorque. Elle swingue derrière le tracteur, elle prolonge les trajectoires, elle vient frapper le décor un quart de seconde après que la cabine soit passée. Les descriptions du jeu l’assument d’ailleurs sans détour : le scrolling lent et un peu saccadé, les collisions raides, tout ça serait voulu, pour rappeler le comportement d’un vrai poids lourd.

Soyons honnêtes : c’est une jolie justification, et elle ne convainc qu’à moitié. Un défaut de fluidité reste un défaut de fluidité, même quand on le baptise « réalisme ». Mais il faut reconnaître que l’idée a une logique. Sur un jeu où l’on conduit des camions, une maniabilité nerveuse comme un kart serait absurde. Le jeu choisit donc l’inertie, la lourdeur, et le plaisir (ou l’agacement) qui va avec. Jon Pillar, dans ST Format, a pointé le revers de la médaille : foncer dans le peloton est risqué à cause de la remorque, et revenir sur la piste après une sortie de route est compliqué. Le tout casse selon lui le rythme de la course.

C’est là que le jeu se joue vraiment : sur la gestion de la trajectoire plutôt que sur la vitesse pure. On apprend vite à prendre les virages large, à anticiper le balayage de la remorque, à ne pas se précipiter dans un groupe de camions qui se gênent. Une fois cette leçon intégrée, le jeu devient plus agréable, même s’il ne deviendra jamais spectaculaire.

« Supercars 2, mais avec des camions »

La phrase la plus célèbre du test de ST Format résume tout : « Well, it’s Supercars 2, isn’t it, but with trucks ». Le magazine a attribué 69 % au jeu, en le qualifiant d’agréable surtout à deux, mais de simple « novelty value ». Autrement dit, une curiosité, plus qu’un classique.

La comparaison est parlante. Super Cars II, sorti en 1991 chez Gremlin Graphics (développé par Magnetic Fields), est une course vue de dessus qui a laissé un souvenir durable sur ST et Amiga. Mettre International Truck Racing dans son sillage, c’est lui prêter un modèle de choix, mais aussi souligner ce qui lui manque : la précision, la vivacité et la profondeur du jeu de Gremlin. Ici, pas d’améliorations à acheter entre deux courses ni de tension permanente sur l’asphalte. On a un squelette de course, habillé avec des camions.

Cela dit, il y a une vraie logique à l’existence de ce titre. À l’époque, le marché du budget fonctionnait avec ce genre de concept : un thème qui accroche l’œil, des règles lisibles, et un prix qui pardonne les défauts. Un jeu de camions, c’était déjà de quoi se démarquer sur une étagère remplie de voitures de sport.

Sur ST, face à l’Amiga

Le jeu existe sur Amiga comme sur ST, et c’est ce dernier qui nous intéresse. Je ne vais pas inventer de comparatif image par image que je n’ai pas pu vérifier. Ce qu’on peut dire, c’est que le type de jeu, une course vue de dessus avec des sprites de taille réduite, n’avait pas besoin de la palette étendue de l’Amiga pour passer correctement. Le ST s’en sortait honorablement sur ce genre de production, avec des couleurs nettes et lisibles, ce qui compte avant tout quand il faut distinguer six camions d’un coup d’œil.

Du côté de l’image, le test d’époque salue surtout l’intro numérisée et la fluidité des déplacements (au sens où rien ne plante), et reste plus réservé sur le reste. Ce n’est pas la démonstration technique de l’année, et je ne prétendrai pas le contraire.

Ce qu’on retient, avec un peu de recul

Pour résumer ce qu’on sait sur International Truck Racing, sans en rajouter : c’est un jeu de course vue de dessus, un peu lent, pensé autour d’un thème (le camion) qu’il exploite jusqu’au bout. Il propose une gestion des stands, une jauge de dégâts, un mode à deux, des règles de qualification strictes. Rien de révolutionnaire, mais une personnalité malgré tout.

Le plus grand mérite du jeu, c’est de ne pas se prendre pour autre chose. Il sait qu’il n’est ni le plus beau ni le plus rapide, et il mise sur la lourdeur et l’obstination. Le plus grand défaut, c’est évidemment que cette lourdeur finit par fatiguer : au bout de quelques courses, la répétition prend le pas sur le plaisir, et la remorque cesse d’être une trouvaille pour devenir une corvée.

Y rejouer aujourd’hui

Sur émulateur (Hatari ou Steem, par exemple), le jeu se lance sans difficulté si vous avez récupéré une image disquette. Prévoyez un joystick : au clavier, la remorque devient vite ingérable. Mon conseil : jouez-y à deux, pas plus de vingt minutes à la fois, et acceptez de vous faire pousser dans le décor sans vous énerver. En solo, la lenteur du scrolling se remarque davantage ; à deux, tout le monde est trop occupé à manœuvrer pour y penser.

Pour juger sur pièces, le longplay plus haut vous montrera le jeu tel qu’il est, sans artifice.

Un convoi de plus dans la collection ST

International Truck Racing n’est pas un grand jeu, et il ne cherche pas à l’être. C’est une curiosité de l’ère budget, qui a au moins l’honnêteté de son sujet : conduire un camion, c’est lourd, c’est lent et ça manque de grâce. La note de 69 % de ST Format et le verdict de « curiosité » me paraissent justes. Si vous cherchez la meilleure course vue de dessus sur ST, ce n’est pas lui. Si vous voulez rire avec un copain en vous envoyant mutuellement dans les barrières, avec deux manettes et une remorque qui fait n’importe quoi, il a sa place dans la ludothèque.

À lire aussi sur le blog :
→ Nitro sur Atari ST : retour sur un classique des années 1990
→ Touring Car Racer sur Atari ST : redécouverte d’un classique

FICHE DU JEU

Jeu
International Truck Racing
Machine
Atari ST
Sortie
1992
Voir aussi
Sport
Référence
International Truck Racing sur Atarimania

Y rejouer aujourd'hui

L'émulateur libre Hatari reproduit l'Atari ST sous Windows, macOS et Linux. Il lui faut l'image disque du jeu, à tirer de votre propre disquette. Les versions originales se trouvent encore d'occasion, et certains éditeurs ont réédité leurs titres.