Deux silhouettes lumineuses, une plateforme suspendue dans le vide, et un disque qui file d’un bout à l’autre du terrain en ricochant sur les murs. Si vous avez vu Tron au cinéma, vous connaissez la scène. En 1990, Loriciel a décidé d’en faire un jeu entier : Disc. Sur Atari ST, ça donne un drôle de mélange de tennis, de squash et de duel au sommet, où le moindre moment d’inattention vous envoie rejoindre le néant.

Un duel de frisbee tiré tout droit de Tron

Première chose à corriger, parce que l’étiquette « jeu d’action » qui traîne un peu partout est trompeuse : Disc est un jeu de sport futuriste. C’est la classification que retient la fiche Wikipédia, et elle colle bien à ce qu’on a sous les yeux. Le principe est celui d’un match en face à face. Votre arme, c’est un disque. Vous le lancez droit sur l’adversaire ou vous le faites rebondir sur les parois pour varier les angles, et lui fait de même de son côté.

Le jeu s’en inspire sans jamais citer le film ni reprendre quoi que ce soit de protégé : on parle d’une adaptation « dans l’esprit » plutôt que d’une licence. Loriciel, société française active dès 1983, signe ici à la fois le développement et l’édition. Le jeu est sorti la même année sur Atari ST, Amiga, Amstrad CPC et PC (DOS), ce qui en fait un titre assez largement diffusé pour l’époque.

Disc sur Atari ST en vidéo — chaîne AtariGreenlog

Comment on gagne : des dalles qui disparaissent

Ce qui donne son sel au jeu, c’est le terrain. Les deux combattants évoluent sur des dalles suspendues au-dessus du vide, et les dalles situées derrière chaque joueur peuvent être détruites. Il y a plusieurs façons de remporter un match. Vous pouvez vider la jauge de vie de l’adversaire à coups de disque. Vous pouvez aussi le pousser dehors en détruisant les dalles derrière lui, jusqu’à ce qu’il retombe dans le vide au moment de sauter. Et si personne n’a terminé l’autre quand le chronomètre arrive à zéro, c’est celui qui mène qui l’emporte.

La prise en main tient en une phrase. Un seul bouton suffit : les déplacements et les sauts sont gérés pour vous, ce qui réduit la manette à l’essentiel. Vous orientez, vous lancez, et vous renvoyez le disque entrant avec votre bouclier, ce qui lui donne une vitesse supplémentaire. C’est du jeu d’arcade pur, sans menu d’options interminable, sans manuel de quarante pages à digérer avant de commencer.

Des dalles marquées d’un point d’interrogation distribuent des bonus : disque plus rapide, meilleur contrôle, dégâts doublés. Et de temps en temps, un personnage s’invite sur le terrain pour renvoyer les disques, histoire d’introduire un peu de hasard dans une mécanique qui n’en demandait pas tant. On notera que ce personnage est absent de la version PC, ce qui rappelle que les portages de l’époque n’étaient jamais exactement identiques.

La ligue : de novice à maître

Contre l’ordinateur, Disc prend la forme d’une petite ligue. Vous commencez tout en bas, comme novice, et vous grimpez en battant des adversaires, dont vous prenez le rang. Chaque victoire améliore aussi vos capacités : vitesse de lancer, trajectoires, de quoi rendre le personnage plus dangereux au fil de la progression. C’est une idée sympathique, qui donne un fil à ce qui pourrait n’être qu’une succession de matchs sans lien.

La contrepartie, c’est la difficulté. Dans les rangs supérieurs, l’ordinateur ne fait aucun cadeau, et les dernières rencontres demandent de vrais réflexes. Personne ne vous reprochera de recommencer dix fois face au même adversaire, c’est même un peu le principe de la discipline. Disons que le jeu récompense la patience, mais qu’il ne vous la facilite pas.

Le mode deux joueurs, vraie raison d’être du jeu

Si vous cherchez la raison pour laquelle on ressort Disc d’une boîte de disquettes, c’est elle. Les sources s’accordent sur un point : c’est à deux que le jeu donne le meilleur. Alexis Leseigneur, qui a programmé le jeu, le décrit lui-même comme un jeu à deux joueurs « rapide et furieux ». Une vidéo liée à la fiche Atari Legend le résume encore plus crûment comme « un jeu de Pong violent ». Difficile de faire plus parlant.

On imagine très bien la scène : deux joysticks branchés sur le même ST, un canapé, un adversaire qui ricane parce que votre disque vient de rebondir sur la mauvaise dalle, et la partie qui s’emballe en un rien de temps. Pas besoin de scénario ici, et c’est très bien comme ça : le jeu joue sur le plaisir de la revanche immédiate, celui qui fait dire « allez, une dernière » pendant une heure.

Orange, bleu et décor sans scrolling

Visuellement, Disc choisit la sobriété. L’ambiance est futuriste, dominée par l’orange et le bleu, et surtout très lisible : on distingue sans effort les dalles, les disques et les joueurs. L’animation reste fluide, et pour cause : le jeu ne fait pas défiler le décor, l’arène tient sur un seul écran. C’est un choix malin, qui ménage les machines les plus modestes et qui explique en partie que le jeu ait pu tourner sur autant de plateformes différentes.

Sur le son, les avis divergent un peu. Certaines fiches citent la musique de Michel Winogradoff comme l’un des points forts du jeu, d’autres notent que les bruitages sont simples et que la musique se limite surtout à l’introduction. Difficile d’être catégorique : disons que le jeu ne cherche pas à rivaliser avec les grandes bandes-son du ST, et qu’il mise plutôt sur le bruit sec du disque qui claque contre un mur.

L’équipe derrière tout ça est restée discrète, mais les crédits sont connus : le concept est signé Christophe Gomez, Dominique Sablons et Alexis Leseigneur, les graphismes sont de Sablons, la programmation de Leseigneur. Franck Prefumo a réalisé l’illustration de la couverture. Et si vous aviez acheté la boîte à l’époque, vous trouviez même dedans un vrai frisbee en plastique aux couleurs de Loriciel, avec la mention « Les Logiciels Dans le Vent ». Un goodie qui en dit long sur l’humour de la maison.

Ce qu’en pensait la presse, et ce qu’on peut en dire

Côté accueil, les traces sont minces. La fiche Atari Legend recense un test dans Atari ST Review (numéro 3, juillet 1992), qui lui attribue 76 %, ainsi qu’un passage dans The One (numéro 33, juin 1991) dont la note n’est pas affichée. La note moyenne des lecteurs, de son côté, est de 3,75 sur 5, mais sur trois votes seulement : à ne pas prendre pour une vérité gravée dans le marbre. Autrement dit, un jeu bien reçu mais qui n’a pas fait de bruit dans la presse, ce qui le range plutôt du côté des bonnes surprises que des grands classiques.

Mon avis, une fois tout cela posé : Disc ne révolutionne rien, mais il a le mérite de savoir ce qu’il veut être. Une seule idée, bien exécutée, avec un concept qui se comprend en dix secondes. Ses limites sont claires : en solo, la répétition guette, et la musique ne vous accompagnera pas. À deux, en revanche, c’est un petit concentré d’arcade 16 bits, nerveux et un peu cruel.

Le rejouer aujourd’hui

Sur émulateur (Hatari fait très bien l’affaire), Disc se lance sans histoire. Le plus simple pour lui rendre justice est de brancher une seconde manette et d’inviter quelqu’un qui n’a jamais vu le jeu : les règles s’expliquent en une minute, et la première victoire à l’arraché, quand l’autre bascule dans le vide, donne exactement la dose de jubilation qu’on attend d’un jeu de cette période.

Pour les nostalgiques de Tron, c’est aussi une curiosité : une façon assez originale de traduire cette séquence de film en jeu de sport sur nos machines. Pas un chef-d’œuvre, mais un titre qui mérite mieux que l’oubli, et qui rappelle que Loriciel savait parfois surprendre sans passer par la case licence.

À lire aussi sur le blog :
→ Tennis Cup sur Atari ST, un autre jeu de sport signé Loriciel, avec une balle à la place du disque.
→ Killerball sur Atari ST, un autre sport du futur, version Microïds.

En savoir plus : fiche Atari Legend · fiche Wikipédia.

FICHE DU JEU

Jeu
Disc
Machine
Atari ST
Sortie
1990
Référence
Disc sur Atarimania

Y rejouer aujourd'hui

L'émulateur libre Hatari reproduit l'Atari ST sous Windows, macOS et Linux. Il lui faut l'image disque du jeu, à tirer de votre propre disquette. Les versions originales se trouvent encore d'occasion, et certains éditeurs ont réédité leurs titres.