Deux robots d’acier face à face, un sol qui vibre un peu trop fort pour du 16 bits, et un grincement de ferraille qui s’invite dans les haut-parleurs : voilà l’ambiance de Metal Masters. Avant d’aller plus loin, une précision qui a son importance. Sur la chaîne, la vidéo s’appelle « Metal Master », sans le « s » final, et cette petite faute de frappe a longtemps traîné un peu partout. Le jeu dont on parle ici est bien Metal Masters, un jeu de combat de robots signé Infogrames. Ce n’est pas un jeu d’action générique : on est sur un duel au corps à corps, version mécanique.
Un combat de robots made in France
D’après la fiche AtariMania, Metal Masters est publié par Infogrames et développé par le studio Incal Product. L’année affichée y est 1990, alors que Wikipédia parle plutôt d’une sortie européenne en février 1991 sur Atari ST, Amiga et PC. Difficile d’être catégorique : les magazines britanniques en parlent en mars 1991, ce qui laisse penser à une sortie à cheval sur les deux années, fin 1990 ou début 1991. Je m’en tiens à cette fourchette plutôt que d’afficher une date que je ne peux pas prouver.
Côté équipe, AtariMania crédite trois programmeurs (Philippe Villain, Pierre Fanton et Tuan Do Cao), deux personnes au game design et au graphisme (Jean-Marc Torroella et Jerome Guerry, selon l’orthographe de la fiche), et Charles Callet pour la musique et les effets sonores. Le même site précise que la version Atari ST a été la première à sortir sur le marché européen des machines 16 bits, les autres suivant ensuite. Pour un jeu que l’on associe souvent à l’Amiga, c’est une jolie revanche : ici, le ST n’est pas le petit frère qui arrive en retard à la fête.
Le scénario tient sur un ticket de métro
L’histoire est du genre qu’on résume en deux phrases. Un méchant, le Baron, a besoin de pièces détachées pour construire le robot ultime. Votre rôle : détruire les robots adverses pour ruiner son approvisionnement. Rien de plus, et c’est très bien comme ça. Personne n’a jamais lancé un jeu de baston pour la profondeur du récit, et ici le prétexte a au moins le mérite d’expliquer pourquoi on casse autant de métal.
Un robot, quatre zones, beaucoup de rustines
Le vrai sel du jeu, c’est la manière dont on gère sa machine. Vous démarrez avec un robot de base, et vous achetez des améliorations avec les crédits gagnés pendant les combats. Chaque robot est découpé en quatre zones : le corps, le bras gauche, le bras droit et les jambes. Chacune possède sa propre jauge de vie, et l’objectif est de vider les jauges de l’adversaire zone par zone.
C’est ce découpage qui change tout. Dans un jeu de baston classique, on tape sur une barre d’énergie unique, et le premier qui tombe à zéro a perdu. Ici, on peut décider de s’acharner sur un bras pour désarmer l’ennemi, ou de viser les jambes pour le ralentir. On pense aussi à protéger ses propres points faibles. Ça donne un côté mécano qu’on retrouve rarement dans les jeux de combat de la même période, et c’est franchement ce qui rend Metal Masters plus intéressant que sa pochette ne le laisse penser.
Joystick, clavier ou souris : le choix du pilote
La fiche AtariMania indique que le jeu se joue à un joueur ou à deux (un contre un), au joystick, au clavier ou à la souris. Je n’irai pas plus loin sur la façon exacte dont les coups sont assignés, faute de source fiable sur le détail des commandes. Ce qu’on peut dire, c’est que cette souplesse de contrôle est appréciable : sur ST, tout le monde n’avait pas un bon joystick sous la main, et pouvoir tomber en arrière sur le clavier évitait de rester bloqué à la porte du jeu.
Le mode deux joueurs mérite une mention particulière. Le magazine The One a relevé que le jeu était plus plaisant à deux, et on le comprend sans peine. Contre l’ordinateur, un duel de robots peut devenir répétitif ; contre un copain assis à côté, qui choisit lui aussi ses améliorations et qui fait semblant de ne pas avoir mal quand son bras gauche tombe en miettes, la partie prend une autre saveur. C’est le genre de jeu qui se révèle dans le salon, pas en solitaire.
Ce que la presse en a dit
À sa sortie, le jeu a reçu un accueil plutôt correct, avec des écarts assez nets selon les magazines. D’après AtariMania, ST Format lui a attribué 88 % dans son numéro de mars 1991, sous la plume de Dan Goodleff. ST Action, la même année et le même mois, s’est montré nettement plus réservé avec 70 %. Du côté des lecteurs du site, la note moyenne est de 8,6 sur 10, mais sur seulement neuf votes : c’est sympathique, sans être un échantillon qui permette de conclure quoi que ce soit.
Le magazine The One a salué des graphismes « impressionnants d’animation et de couleurs », tout en critiquant les bruitages de ferraille des robots et une certaine lenteur. Son verdict, en substance : un bon combat, pas un grand. Je trouve cette formule assez juste, et elle résume bien le caractère du jeu. On a affaire à un titre solide, qui a de vraies idées, mais qui ne cherche pas à rivaliser avec les références de la baston.
Un son qui sent l’huile de moteur
Parlons de la bande-son, parce qu’elle fait partie des points forts du jeu sur ST. AtariMania précise que la musique de titre et les effets sont numérisés, signés Charles Callet. Les archives SNDH, qui conservent les musiques de l’Atari ST, ont d’ailleurs un fichier dédié à Metal Masters, tourné à 200 Hz. C’est le genre de détail qui fait plaisir aux nostalgiques de la puce sonore du ST : quand un jeu a droit à son propre fichier de conservation, c’est qu’il a laissé une trace.
Alors oui, les bruitages de ferraille, ceux que The One trouvait un peu envahissants, peuvent finir par vous taper sur le système au bout d’une demi-heure. Mais ils donnent aux robots un poids que bien des jeux de baston de l’époque n’avaient pas. Ces machines sonnent comme des machines, et c’est exactement le but.
Deux disquettes et une roue de codes
Petit retour dans le passé que les plus jeunes ne connaissent plus : la protection. Le jeu tient sur deux disquettes double face et utilise une protection par roue de codes, ce que l’on appelait alors « codewheel » ou « ID chart ». Le principe de ce genre de protection : le jeu demande un code qu’on retrouve sur une roue en carton fournie dans la boîte, et sans elle, pas de partie.
C’est un détail, mais il en dit long sur l’époque. Aujourd’hui, on lance le jeu en deux clics depuis une image disque, et la roue est devenue un objet de collection. Si vous mettez la main sur une boîte complète avec la roue intacte, gardez-la précieusement : c’est la moitié du charme.
Atari ST ou Amiga : qui frappe le plus fort ?
Le jeu est sorti sur ST, Amiga et PC, et la question de la comparaison se pose naturellement. Je n’ai pas trouvé de test comparatif sérieux qui permette de désigner un vainqueur, et je ne vais pas en inventer un. Ce que les sources donnent, c’est que la version ST a ouvert le bal en Europe, et que les magazines de l’époque l’ont jugée correcte, voire bonne. À l’œil, les robots restent lisibles et bien dessinés sur la palette de la machine. Pour le reste, la guerre ST contre Amiga se jouera sans moi.
Y rejouer aujourd’hui
Soyons clairs : Metal Masters n’a pas la finesse de Street Fighter II ni la vitesse des meilleures bastons arcade. Il est parfois lent, les combats peuvent se ressembler, et la dimension solo s’essouffle assez vite. Mais il a une identité que peu de jeux de combat peuvent revendiquer, avec son système de zones et ses robots que l’on bricole entre deux manches. C’est un jeu qui demande de réfléchir à la façon dont on dépense ses crédits, et ça, c’est plus rare qu’on ne le croit.
Aujourd’hui, il tourne sans problème sur l’émulateur Hatari, gratuit et disponible sur la plupart des systèmes. Mon conseil : lancez-le en mode deux joueurs avec un ami, choisissez vos améliorations chacun de votre côté, et voyez qui craque en premier. C’est dans ce format que le jeu retrouve son sens, et que les grincements de métal redeviennent un plaisir.
Au fond, ce Metal Masters ressemble à l’un de ces robots qu’on bricole soi-même : pas le plus beau, pas le plus rapide, mais attachant parce qu’on a pris le temps de comprendre ses rouages. Un jeu de combat qui préfère la mécanique à la grandiloquence, et qui mérite bien un détour par la case Infogrames.
À lire aussi sur le blog :
→ Panza Kick Boxing sur Atari ST (1990), un autre jeu de combat de la même époque, plus tourné vers le sport que vers la ferraille.
→ Pop-up sur Atari ST, quand Infogrames se tourne vers le puzzle, l’éditeur de Metal Masters.
En savoir plus : fiche AtariMania · Wikipédia.
FICHE DU JEU
- Jeu
- Metal Masters
- Machine
- Atari ST
- Sortie
- 1993
- Référence
- Metal Masters sur Atarimania
Y rejouer aujourd'hui
L'émulateur libre Hatari reproduit l'Atari ST sous Windows, macOS et Linux. Il lui faut l'image disque du jeu, à tirer de votre propre disquette. Les versions originales se trouvent encore d'occasion, et certains éditeurs ont réédité leurs titres.