Le baseball, en France, c’est un peu le sport des autres. Une batte, une balle minuscule, des règles qu’on croit comprendre jusqu’à ce que quelqu’un prononce les mots « balk » ou « sacrifice fly ». Alors que fait un jeu de baseball sur Atari ST, la machine du Kick Off et des simulations de foot cabossées ? Il fait ce que font les bons jeux de sport : il vous embarque, même si vous ne savez pas pourquoi le coureur doit absolument toucher la troisième base. RBI Baseball 2 est exactement de cette espèce, avec ses qualités, ses lourdeurs et un caractère très marqué.

Un nom américain, une cuisine très britannique

Première chose à clarifier, parce que les sources se croisent mal : le titre vient de la série R.B.I. Baseball, née chez Tengen (la branche console d’Atari Games). Le deuxième volet est sorti sur NES en 1990. La version qui nous intéresse n’a pourtant presque rien d’une copie : c’est une conversion pour ordinateurs 16 bits distribuée en Europe par Domark, en 1991, sous licence Atari Games / Tengen. Le jeu y est classé sport, baseball : ni action déguisée, ni arcade pure, plutôt une simulation à la mode « arcade qui réfléchit ».

Côté fabrication, AtariMania crédite le studio britannique The Kremlin pour le développement, avec Paul Margrave à la programmation, Tony West aux graphismes et Jolyon Vincent Myers (JVM Design) pour la musique et les effets sonores. La conception de jeu est attribuée à Atari Games. Le détail est piquant : la même fiche précise que la version ST est sortie la première sur le marché européen des 16 bits, les autres machines ayant suivi. Un ST servi avant l’Amiga, ce n’était pas si courant, on le rappelle volontiers.

RBI Baseball 2 sur Atari ST, séquence de jeu — chaîne AtariGreenlog

Deux écrans pour un seul duel

Ce qui frappe d’abord, c’est la mise en scène. Le jeu repose sur ce que le magazine ST Format appelle un « twin view » : une vue en plongée derrière le batteur pour le duel lanceur-frappeur, puis un terrain en vue de dessus, qui défile pour suivre la balle une fois qu’elle est partie. C’est simple, lisible, et ça évite l’écueil de tant de jeux de baseball de l’époque, où l’on ne voyait plus rien dès que la balle quittait le premier plan.

Sur le ST, en basse résolution, les sprites sont gros, colorés, un peu caricaturaux, et c’est tant mieux. Les joueurs sont bien découpés, les animations de lancer et de course restent compréhensibles même sur un moniteur de salon. Le tableau d’affichage, lui, a plu : ST Format le juge « bien plus amusant » que celui de Kick Off, ce qui est un compliment curieux, mais on comprend : un jeu de baseball vit de ses scores et de ses statistiques.

La partie sonore joue la carte du comique plus que du réalisme : bruitages de frappe, de course et de chutes, et des acclamations de foule quand il se passe quelque chose de beau. Rien de révolutionnaire, mais l’ensemble donne de la vie au terrain. La musique de présentation, numérique, fait partie des petits plaisirs que la fiche AtariMania signale elle-même.

Lancer, frapper, courir : trois jeux dans le jeu

Le déroulement ressemble à celui du vrai baseball, simplifié pour le joystick. Le lanceur choisit la vitesse et l’effet de sa balle pour piéger le frappeur : trois prises, et c’est un retrait. Le frappeur place son joueur et appuie sur le bouton au bon moment. Si la balle part en jeu, la main passe à la défense, qui poursuit la balle et la renvoie vers les bases. Un cycle court, qui rappelle que le baseball est avant tout un jeu de duel, répété indéfiniment, avec ses petites tensions à chaque lancer.

C’est là que le jeu se sépare en trois sensations très différentes. Le lancer est la phase la plus riche : on joue avec l’adversaire, on mélange les vitesses, on essaie de lire ce qu’il attend. Le placement défensif est aussi plutôt amusant, avec des courses et des relais à gérer. Le frappeur, lui, est le maillon faible, et ST Format (numéro 27, novembre 1991, 76 % par James Leach) ne l’a pas caché : on bouge le joueur, on tape au bon moment, et la direction de la balle reste largement affaire de chance. Difficile de lui donner tort. Quand une partie dépend à ce point d’un coup que vous ne contrôlez qu’à moitié, on finit par se dire que le talent est ailleurs.

Cela dit, ce jugement mérite d’être nuancé. Dans un duel à deux, la chance de la frappe devient un spectacle en soi : voir l’adversaire encaisser un coup chanceux, grimacer, jurer en silence, c’est précisément ce qui rend le jeu vivant. Le même testeur parle d’un mode deux joueurs très excitant, et c’est là que RBI Baseball 2 s’épanouit réellement.

Ce que la presse en a dit, et ce qu’on en retient

Les sources disponibles pour la version ST sont assez rares. Le test le plus accessible est celui de ST Format déjà cité : 76 %, un jeu agréable pour les amateurs de baseball, des points forts clairs (vue double, mode à deux) et un reproche central sur le frappeur. James Leach le trouve aussi moins interactif que Kick Off 2, donc moins palpitant. La comparaison est révélatrice : on juge ce baseball à l’aune du foot de Dino Dini, c’est dire que l’on attend du sport sur ST une vivacité qu’une discipline aussi tactique ne peut pas offrir.

La réédition de 1993 chez The Hit Squad, le label budget d’Ocean, a eu droit à un second regard dans ST Format (numéro 46, David Roberts), plus mitigé d’après les résumés que j’ai pu consulter : une simulation pour fans purs et durs, appréciée pour ses graphismes en gros plan et l’édition des équipes, mais critiquée pour un jeu de défense un peu brouillon, des effets sonores faibles et des résultats trop dépendants du hasard. Sans pouvoir citer la note exacte de ce second test, l’esprit général se dégage assez bien.

Intéressant aussi : cette version budget a fait un joli parcours. AtariMania mentionne une entrée dans le classement des meilleures ventes britanniques sur ST, à la dixième place en mai et en juillet 1993, avec six mois de présence dans la liste entre avril et novembre. Ce n’est pas un énorme succès, mais pour un jeu de baseball sur une machine européenne, c’est un score inattendu. Les lecteurs d’AtariMania sont encore plus enthousiastes : une moyenne de 9,3 sur 10, à relativiser fortement puisqu’elle ne repose que sur onze votes.

Le baseball de The Kremlin, vu d’un fan de simulation

Il y a pourtant un défaut que l’on retrouve dans un commentaire laissé sur AtariMania en 2021 : le jeu « a l’air superbe et sonne très bien », mais il se trompe sur pas mal de règles de base du baseball. Je n’ai pas de quoi trancher cas par cas, mais cela colle avec l’impression d’une adaptation pensée pour la jouabilité immédiate plutôt que pour la fidélité à un sport que le public européen connaissait mal. Le jeu ne se prend pas pour un manuel officiel, et ce n’est pas forcément mauvais : il y a de la place pour une version approximative mais conviviale.

Ce qui frappe, c’est la distance avec l’original console. Les fiches consacrées à la série signalent d’ailleurs que les versions Domark sur ordinateurs forment une branche à part, avec peu de choses en commun avec le cœur de la franchise R.B.I. Baseball. Il vaut donc mieux éviter de juger la version ST sur ce qu’on sait de la NES. Ce n’est ni le même moteur, ni la même équipe, ni les mêmes équilibres.

Une disquette de démonstration en juillet 1991

Petit détail d’époque qui compte pour qui a connu les magazines de l’âge d’or : une version de démonstration est passée par la disquette de couverture du numéro 34 du magazine The One (juillet 1991), distribuée par EMAP Images. C’était la manière classique de tester un jeu avant l’achat, et pour beaucoup de joueurs ST, un premier contact avec un sport qu’ils connaissaient peu. Les fiches mentionnent des modes un joueur, deux joueurs et démonstration, une compatibilité ST et STe avec 512 Ko de mémoire, une seule disquette double face, et un jeu au joystick uniquement. Aucune protection particulière n’est signalée.

Ce côté « accessible » compte beaucoup. On lance, on choisit une équipe, on se tape dessus à deux sur le même canapé, et on n’a pas besoin de lire un gros manuel pour comprendre l’essentiel. Le jeu est conçu pour ça, pour la partie en solo contre l’ordinateur comme pour le duel entre amis, et il remplit son contrat avec honnêteté.

Sur un ST aujourd’hui

Le jeu tourne sans difficulté sur les émulateurs ST courants, en basse résolution, avec une image disque que l’on trouve sans mal chez les archivistes. Je conseillerais de commencer par un match à deux, avec un ami qui connaît le baseball, et un autre qui ne le connaît pas : l’un expliquera les règles, l’autre trouvera les failles du jeu. C’est la manière la plus sûre de lui rendre justice, parce que c’est dans ces moments-là qu’il fonctionne le mieux.

En solo, la lassitude peut venir plus vite. La frappe un peu aléatoire fatigue, la défense brouillonne aussi, et un match complet est long. Mais c’est un bon jeu de pause, avec un charme évident quand le pitcher parvient à piéger le frappeur au troisième lancer.

Au final, RBI Baseball 2 sur Atari ST n’est pas le grand jeu de sport de la machine, loin de Kick Off ou de Sensible Soccer. C’est un jeu de duel, plus cérébral qu’il n’en a l’air, un peu capricieux, qui brille quand on le partage et qui a su se faire une place discrète dans les classements budget de 1993. Une curiosité à lancer un soir d’été, à deux, avec un joystick chacun et un peu de mauvaise foi.

À lire aussi sur le blog :
→ Kick Off sur Atari ST, la référence du sport sur la machine, celle à laquelle ST Format comparait ce baseball.
→ Tennis Cup sur Atari ST, un autre jeu de duel et de sport par Loriciel.

En savoir plus : fiche AtariMania · test ST Format n° 27 · Wikipédia (série).

FICHE DU JEU

Jeu
RBI Baseball 2
Machine
Atari ST
Sortie
1991
Référence
RBI Baseball 2 sur Atarimania

Y rejouer aujourd'hui

L'émulateur libre Hatari reproduit l'Atari ST sous Windows, macOS et Linux. Il lui faut l'image disque du jeu, à tirer de votre propre disquette. Les versions originales se trouvent encore d'occasion, et certains éditeurs ont réédité leurs titres.