Quatre joueurs en maillot, un filet, du sable et un chrono qui ne pardonne rien. Sur le papier, Ocean Beach Volley a tout du jeu d’été idéal, sauf que sur Atari ST il débarque en plein hiver 1990, au moment où les magazines britanniques le passent à la loupe. Le titre complet, lui, est une promesse : un tour du monde en huit matchs, de Londres à Paris, avec 250 000 dollars à la clé. Pas mal pour un sport qu’on associe plutôt aux plages de Californie qu’aux chambres d’ado remplies de disquettes.
Le premier réflexe, quand on voit passer ce nom, est de le ranger dans la case « jeu d’action ». Erreur : c’est un jeu de sport, du volley-ball de plage en vue de côté, à un ou deux joueurs. Et c’est précisément ce qui le rend intéressant à regarder de près.
Un jeu né en France sous pavillon Ocean
Ocean est un nom qu’on associe d’abord à Manchester, aux adaptations de films et aux licences d’arcade. Pourtant, Ocean Beach Volley (le jeu s’appelle simplement Beach Volley sur la plupart des fiches) a été développé par Ocean France, dont c’est le tout premier produit. D’après Wikipédia, c’est aussi l’un des premiers jeux d’Ocean pensés pour l’Amiga et l’Atari ST. Autrement dit, la maison britannique tentait ici autre chose que ses habituelles conversions 8 bits : un titre conçu pour les machines 16 bits, par une équipe française.
La distribution des rôles, telle que la donne AtariMania pour la version ST, tient en quelques noms : Marc Djan à la conception, Alexis Leseigneur à la programmation, Pierre-Eric Loriaux, Philippe Dessoly et Michèle Bacqué aux graphismes, Jean Baudlot à la musique. Petite précision d’honnêteté : Wikipédia cite un autre programmeur, Michel Janicki, pour le jeu en général. Les sources ne s’accordent pas sur ce point, et il est difficile d’être catégorique ; peut-être s’agit-il de programmeurs différents selon les machines.
Même flou sur la date. Le jeu sort en 1989 sur Amiga, mais la fiche AtariMania de la version ST indique 1990, avec Erbe Software (une société espagnole) comme éditeur de cette édition, et une version Ocean Software la même année. La presse britannique le teste sur ST en janvier et février 1990 ; il entre dans les charts anglais à la onzième place en mars 1990. Une réédition au label Hit Squad suivra en 1991. C’est donc un jeu qui a eu une vraie seconde vie en budget, ce qui en dit long sur sa popularité.
Huit pays, six minutes, sept points
Le principe est limpide. Deux équipes de deux s’affrontent, et l’on marque en faisant retomber le ballon dans la moitié de terrain adverse. Le premier à sept points gagne et file vers le pays suivant. Mais il y a une règle qui change tout : le match dure six minutes au maximum. Si le temps est écoulé, c’est perdu, même quand on mène au score. Au bout de cinq minutes, la musique change pour signaler qu’il est temps de se dépêcher.
Voilà une idée de design que je trouve plutôt maligne. Un match de volley peut facilement s’enliser en échanges interminables. Ici, le chrono impose un rythme : on ne peut pas jouer la montre, il faut prendre des risques. Et quand la musique accélère à la cinquième minute, la tension monte d’un cran, même si l’on mène 6-5.
Le mode tournoi est réservé au joueur seul : un partenaire piloté par l’ordinateur vous accompagne. On suit une carte du monde où chaque étape est un match unique, de Londres jusqu’à la finale à Paris, en passant par New York, Nassau, Luxor, Sydney, Tokyo et Moscou. Le choix de Paris pour clore le tournoi est sans doute un clin d’œil de l’équipe française, mais rien ne le confirme. Chaque pays s’accompagne d’une courte scène humoristique en rapport avec ses monuments ou ses paysages. Sur disquette, on n’a pas la place de raconter une grande histoire ; ces petits sketchs font juste ce qu’il faut pour donner envie de voir la suite.
Un détail d’ergonomie mérite d’être signalé : un curseur bleu clignotant marque au sol l’endroit où le ballon va retomber. Dans un jeu de sport en vue de côté, où la profondeur est difficile à lire, c’est une aide précieuse. Elle évite les frustrations du type « j’étais sûr qu’il tombait là ».
Ce que le ST fait de ce sable
La version ST est en basse résolution, au joystick, et tourne sur ST comme sur STe avec 512 Ko de mémoire. Le jeu tient sur deux disquettes. AtariMania note un détail amusant : l’écran d’introduction affiche jusqu’à 21 couleurs simultanées. C’est peu, quand on pense que le ST peut en afficher 16 d’un coup en basse résolution sans astuce de programmation, et que la machine dispose d’une palette de 512 teintes. On devine un écran de titre qui a demandé du travail, et un jeu en cours de partie plus sobre, dans des tons de sable, de ciel et de mer qui se prêtent bien à ces contraintes.
Pour la musique, Jean Baudlot signe la bande-son. Je ne vais pas prétendre en détailler les mélodies faute de les avoir sous la main, mais la version ST ne dispose que de la puce Yamaha à trois voies, bien loin de la finesse de l’Amiga. C’est le terrain où, comme souvent, la comparaison fait mal. Le ST rattrape en général son retard sur la jouabilité, pas sur le son.
Ce que la presse en pensait
Les notes de l’époque dessinent un jeu qui divise. Pour la version ST, voici ce que relève AtariMania : The Games Machine lui donne 82 % en février 1990, ST Action 72 % le même mois, puis 62 % en octobre 1991 et 77 % en février 1992. ST Format, lui, ne dépasse pas 62 %, en février 1990 comme en avril 1993. Zero y revient en novembre 1991 avec un confortable 83 %. Les joueurs d’AtariMania donnent une moyenne de 7 sur 10, sur sept votes seulement, ce qui reste anecdotique statistiquement.
Du côté de l’Amiga, le contraste est encore plus frappant. À sa sortie en 1989, CU Amiga-64 lui accorde 88 % et le qualifie de jeu des plus addictifs, ZZAP!64 85 %. Mais en 1991, CU Amiga tombe à 43 % et Amiga Power à 28 %, en le décrivant comme une variante déguisée d’un mauvais jeu de tennis. Deux ans suffisent pour que le même jeu passe de « délicieusement addictif » à « emballage clinquant autour d’un jeu vide ».
Que retenir de ce grand écart ? Que l’accueil dépend beaucoup du moment et de la concurrence. En 1989, un volley de plage coloré à deux joueurs est une nouveauté. En 1991, la presse Amiga a vu passer des jeux de sport bien plus ambitieux, et le regard se fait plus dur. Sur ST, les notes relevées par AtariMania oscillent entre 62 % et 83 % de 1990 à 1993 : plus stables, même si elles ne sont pas enthousiastes partout.
Le partenaire, le vrai test du jeu
Dans un jeu à deux contre deux où l’on ne dirige qu’un joueur, tout repose sur la qualité du partenaire. En mode tournoi, c’est l’ordinateur qui tient ce rôle, et c’est la partie du jeu sur laquelle je ne peux pas me prononcer sérieusement : les sources que j’ai consultées n’en disent pas assez. Les critiques les plus sévères parlent de gameplay répétitif, ce qui laisse penser que les échanges finissent par se ressembler. ST Format (sous la plume de Maff Evans, d’après AtariMania) ne lui donne que 62 %, et une autre critique d’ST Format, que je n’ai pu recouper qu’en partie, évoque des graphismes solides, un son faible et un jeu répétitif.
Le mode deux joueurs change probablement la donne. Un volley à deux humains, côte à côte sur le même écran, avec un chrono de six minutes qui force à la prise de risque, a de quoi donner de belles parties de fanfaronnade. C’est l’évidence même du jeu de salon, et l’une des raisons pour lesquelles les titres de sport 16 bits continuent d’avoir bonne réputation : ils servent d’abord à se chamailler entre amis.
Y rejouer aujourd’hui
Aujourd’hui, Ocean Beach Volley se lance sans difficulté sur l’émulateur Hatari, gratuit et disponible sur toutes les plateformes. Ne vous attendez pas à un chef-d’œuvre intemporel : le jeu est un représentant honnête d’une époque où Ocean cherchait à se faire une place sur les 16 bits. Si vous cherchez un jeu de sport à ressortir pour une soirée à deux, il fera l’affaire, surtout avec un deuxième joystick et quelqu’un à qui prouver quelque chose.
Pour les curieux d’histoire, c’est aussi une pièce intéressante : le premier jeu d’Ocean France, la preuve que les Français étaient déjà dans la course des 16 bits, et un titre qui a séduit la presse de 1989-1990 avant de se faire éreinter deux ans plus tard. Cette trajectoire en dents de scie dit quelque chose de l’évolution rapide du jeu vidéo à cette période.
Alors, que penser de ce tour du monde en short ? Qu’il vaut mieux le jouer à deux, sans trop lui demander, et en gardant un œil sur la montre. Le sable est peut-être un peu monotone, mais le chrono, lui, ne laisse jamais le temps de s’ennuyer. Direction Paris, 250 000 dollars et un ballon à ne pas laisser tomber.
À lire aussi sur le blog :
→ California Games sur Atari ST, l’autre grand jeu de sport estival, plage et soleil compris.
→ Summer Olympiad sur Atari ST, un autre jeu de sport multi-épreuves à tester entre amis.
En savoir plus : fiche AtariMania · Wikipédia.
FICHE DU JEU
- Jeu
- Ocean Beach Volley
- Machine
- Atari ST
- Sortie
- 1989
- Référence
- Ocean Beach Volley sur Atarimania
Y rejouer aujourd'hui
L'émulateur libre Hatari reproduit l'Atari ST sous Windows, macOS et Linux. Il lui faut l'image disque du jeu, à tirer de votre propre disquette. Les versions originales se trouvent encore d'occasion, et certains éditeurs ont réédité leurs titres.