Cinq épreuves, un joystick, et un compte à rebours qui n’a rien d’olympique : voilà le programme de Summer Olympiad, petit jeu de sport signé Tynesoft qui débarque sur Atari ST en 1988. Pas de flamme, pas de podium en marbre, pas de budget de superproduction. Juste cette vieille recette des années 80 : on secoue le manche, on cadre son timing, et on espère que le copain assis à côté fera moins bien. Reste à savoir ce que cette recette vaut, une fois servie sur un 16 bits qui venait de se faire dépasser par l’Amiga au rayon des jeux de sport.
Un jeu de sport multi-épreuves, pas un jeu d’action
Première mise au point, parce qu’on lit un peu tout et n’importe quoi sur la question : Summer Olympiad n’est ni un jeu d’action ni un jeu d’arcade au sens classique. AtariMania le range dans la catégorie « Sports, multi-event », celle des jeux qui enchaînent plusieurs disciplines et vous demandent de briller dans chacune pour viser le meilleur total. C’est le genre que l’éditeur américain Epyx avait popularisé au milieu des années 80 avec Summer Games, et que tout le monde a copié ensuite, avec plus ou moins de réussite.
La fiche AtariMania donne les détails utiles pour la version ST : édition Tynesoft, 1988, programmation de Chris Robson et Gary Gray, graphismes de Paul Drummond et musique de Wally Beben. Le jeu se pilote au joystick ou à la souris, en basse résolution, se joue seul ou à plusieurs, et exige un ST ou un STe avec 512 Ko de mémoire. Il tient sur deux disquettes simple face. Rien d’exotique, donc, et c’est tant mieux : on est sur un titre qui veut tourner partout, chez tout le monde.
Tynesoft, l’éditeur de Newcastle qui faisait des Jeux à sa façon
Pour situer le jeu, un mot sur la maison qui l’édite. Tynesoft a été fondée en 1983 par Colin Courtney et Trevor Scott, du côté de Blaydon, dans le nord-est de l’Angleterre. L’entreprise est partie du logiciel éducatif avant de basculer vers le jeu vidéo, d’abord sur les micros 8 bits (Commodore 16, BBC Micro, Atari 8 bits), puis sur Amiga, Atari ST et PC à la fin de la décennie. Sur ces machines-là, elle n’a jamais pris une place énorme, mais elle a laissé quelques titres qui ont bien marché.
Le plus amusant, c’est que Wikipédia cite justement Summer Olympiad, Winter Olympiad ’88 et Circus Games parmi ses plus gros succès, en précisant que la société s’en sortait surtout avec des jeux « multi-load », ces titres découpés en petits morceaux qui se chargent un à un depuis la disquette. Autrement dit, tout le catalogue repose sur la même idée : un menu, des épreuves courtes, un chargement entre chaque, et des joueurs qui se passent le manche. Summer Olympiad sort en 1988 comme la suite directe de Winter Olympiad, vendue à l’époque comme la version « très demandée » des sports d’été.
Cinq disciplines au programme, sous toute réserve
Voilà où je dois être honnête avec vous : la fiche ST d’AtariMania n’énumère pas les épreuves, et je n’ai pas pu mettre la main sur un test de l’époque détaillant la version ST discipline par discipline. Ce que les sources permettent d’établir, c’est que les autres versions du jeu proposent cinq épreuves : le plongeon de haut vol, le tir au plateau (skeet), l’escrime, le 110 mètres haies et le triple saut. C’est ce que donnent la fiche du musée Computing History pour la version BBC Micro et le test de Commodore User pour le Commodore 64. Rien n’indique que la version ST ait changé de programme, mais je préfère vous dire « ça semble être le cas » plutôt que de vous l’affirmer.
Si vous avez lu ailleurs que le jeu contenait du tir à l’arc ou du saut à la perche, méfiance : ces disciplines ne figurent dans aucune des sources que j’ai croisées. Cinq épreuves, c’est peu, et c’est d’ailleurs un reproche qui revient dans la presse de l’époque. Le Commodore User de septembre 1988 y voyait un jeu « trop simple », qui n’apportait rien au genre des Summer Games et de Daley Thompson’s Decathlon. Côté Commodore 64, Zzap!64 se montrait nettement plus généreux, avec 87 % selon le recensement de C64-Wiki. Deux avis opposés sur la même cartouche de sport : ça arrive, et ça tient souvent à la patience du testeur pour les chargements.
Secouer le manche : ce que le genre demande à vos poignets
Dans un jeu de ce type, le pilotage est toujours le même, et c’est là que se joue la moitié du plaisir. Les épreuves de course ou de saut se gagnent à la fréquence : on agite le joystick de gauche à droite le plus vite possible, puis on ajuste l’instant précis du bouton pour l’appel ou le départ. Les épreuves d’adresse, tir ou plongeon, demandent au contraire de la mesure, un timing, un coup d’œil. Vous alternez donc entre la crampe et le sang-froid, et c’est précisément ce rythme qui fait l’intérêt de la formule.
La fiche AtariMania précise que le jeu accepte la souris en plus du joystick. Pour un titre fondé sur la cadence de frappe, ce n’est pas anodin : ce type de jeu use les manches et les poignets, et la souris offre une alternative à ceux qui préfèrent ne pas sacrifier leur joystick. Si vous le rejouez sur un émulateur, un pad en bon état fera l’affaire, mais ne comptez pas trop sur le clavier pour battre un record.
Le mode multijoueur est l’autre pilier. Les sources indiquent une pratique à un ou plusieurs joueurs, chacun passant à son tour, et sur la version C64, Commodore User parle de cinq participants au maximum. C’est évidemment là que le jeu prend tout son sel : seul face à un chronomètre, Summer Olympiad s’essouffle vite, mais à plusieurs, les mauvais résultats se commentent à voix haute et les revanches s’enchaînent.
Ce qu’en pensait la presse en 1988, et ce qu’on en a fait ensuite
Côté ST, AtariMania recense deux tests de l’automne 1988. Le premier, publié dans ST/Amiga Format en octobre 1988, attribue 77 %. Le second, paru dans ST Action à la même date, donne 72 %. Ce sont des notes honnêtes, ni triomphales ni assassines, qui disent bien ce qu’est le jeu : un titre agréable pour une soirée, sans prétention à devenir un classique. Les lecteurs d’AtariMania sont un peu plus tendres, avec 8,5 sur 10, mais sur seulement quatre votes : difficile d’en tirer une vérité statistique.
Le jeu a eu une seconde vie, ce qui n’est pas si courant. Il a été réédité en gamme économique par Micro-Value, avec une sortie européenne datée de 1993 sur AtariMania, et il apparaît à la sixième place du classement budget ST britannique en novembre 1990. Un titre qui se retrouve dans les classements budget deux ans après sa sortie, puis qui est réédité encore en 1993, c’est qu’il continuait à intéresser ceux qui voulaient un jeu de sport à plusieurs sans casser la tirelire. C’est une déduction, pas un chiffre de ventes : je n’en ai trouvé aucun.
Petit détail qui intrigue : AtariMania mentionne aussi un titre alternatif, Summer Challenge. Attention à la confusion, car un autre jeu de sport nommé ainsi existe sur ST chez Mindscape, avec des épreuves très proches, et les sources que j’ai croisées ne permettent pas de dire jusqu’où les deux produits se recoupent. Je me contente donc de signaler l’homonymie, sans trancher.
Face à l’Amiga et au reste de la concurrence
Le jeu est sorti sur à peu près tout ce qui comptait en 1988 : ZX Spectrum, Commodore 64, BBC Micro, Acorn Electron, Amiga et Atari ST. C’est le propre d’un éditeur britannique de l’époque, qui pense multiplateforme avant de penser sophistication. Sur ST, cela veut dire une réalisation sobre, sans les effets d’une conversion pensée pour la machine, mais avec un son signé Wally Beben qui sauve l’ambiance : sur un ST, la puce sonore Yamaha donne à ces musiques un petit côté nasillard qu’on adore ou qu’on supporte.
L’Amiga, lui, avait de quoi mieux faire sur le papier, avec sa palette et ses canaux audio échantillonnés, mais je n’ai trouvé aucune comparaison fiable entre les deux versions, donc je m’abstiens de désigner un vainqueur. Dans un jeu où l’on regarde surtout ses doigts et un chronomètre, la différence se joue de toute façon moins à l’écran qu’à la manette.
Ce qui frappe en revanche, c’est la concurrence interne au catalogue ST. À la même époque, on trouvait déjà de quoi occuper les joueurs de sport : California Games, World Games, Winter Olympiad 88 ou plus tard les parties de tennis et de foot qui ont fini par faire passer ces compilations d’épreuves pour une curiosité. Summer Olympiad n’a pas la fantaisie des premiers, ni la finition des seconds, mais il a un vrai atout : il va vite à l’essentiel.
À qui s’adresse-t-il aujourd’hui ?
Honnêtement, pas à celui qui cherche un jeu à finir. Il n’y a pas de campagne, pas de progression, pas de secrets : on fait ses cinq épreuves, on compare ses scores, on recommence. Pour qui aime les jeux à scores, c’est suffisant. Pour qui cherche de la profondeur, c’est vite vu. Disons que Summer Olympiad est un jeu qu’on lance dix minutes, entre deux autres choses, ou qu’on sort pour une soirée à deux avec une bière tiède et un joystick fatigué.
Ce qui lui donne un charme particulier, c’est sa modestie. À l’époque, personne n’attendait de lui qu’il change l’histoire du jeu vidéo, et il ne prétend pas le faire. Il fait honnêtement son travail de jeu d’appoint, avec ses défauts de multi-load et ses épreuves peu nombreuses : les critiques de la version C64 pointaient déjà les chargements entre épreuves, et je n’ai aucune raison de croire que deux disquettes sur ST fassent exception. Le tout dans une époque où les éditeurs britanniques sortaient ce genre de titres à la chaîne, et où les joueurs du ST en faisaient leur ordinaire.
Pour ma part, je le range dans la catégorie des jeux qui valent surtout par ce qu’ils racontent d’une période : celle où l’on pouvait vendre cinq épreuves, un menu et un joli titre à un public qui n’attendait pas plus. Si vous êtes collectionneur de sport 16 bits, il mérite sa place sur l’étagère, à côté de ses cousins. Si vous voulez un vrai défi sportif, cherchez plutôt du côté des jeux de tennis ou de foot dont le blog parle par ailleurs.
À lire aussi sur le blog :
→ Winter Olympiad 88 sur Atari ST, l’épisode d’hiver du même éditeur, dont Summer Olympiad est la suite directe.
→ Circus Games sur Atari ST, un autre multi-épreuves Tynesoft, cette fois sous chapiteau.
En savoir plus : fiche AtariMania · les autres vidéos de la chaîne AtariGreenlog.
FICHE DU JEU
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- Summer Olympiad sur Atarimania
Y rejouer aujourd'hui
L'émulateur libre Hatari reproduit l'Atari ST sous Windows, macOS et Linux. Il lui faut l'image disque du jeu, à tirer de votre propre disquette. Les versions originales se trouvent encore d'occasion, et certains éditeurs ont réédité leurs titres.