Un chapiteau, de la sciure, des projecteurs qui balaient la piste et un joystick qu’on s’apprête à maltraiter pendant une bonne heure. Voilà le programme de Circus Games, et c’est exactement ce que promet son titre : on n’est pas ici dans un jeu d’aventure ni dans un jeu d’action au sens classique, mais dans un jeu de sport multi-épreuves, de la grande famille des « Games » qui ont fait suer les manettes de tous les ordinateurs 8 et 16 bits. Sur Atari ST, il arrive au tout début de 1989, avec une réputation que les magazines de l’époque ont eu un peu de mal à fixer. Les notes vont de 60 % à 9/10 : cet écart vaut à lui seul qu’on s’y arrête.
Un jeu de sport, mais sous le chapiteau
Commençons par ranger le jeu dans la bonne case, puisque c’est la première chose qu’on se demande. Sur AtariMania, Circus Games est classé « Sports, Multi-Event ». Autrement dit, le même principe que les célèbres séries d’Epyx (Summer Games, Winter Games et compagnie) : une succession d’épreuves courtes, chacune avec ses propres gestes, que l’on enchaîne pour viser le meilleur total. Ici, l’habillage change : on troque le stade olympique contre la piste d’un cirque. L’idée est maligne, parce qu’elle permet de sortir des disciplines habituelles et d’amener un peu de fantaisie dans un genre qui commençait à tourner en rond.
Je préfère être honnête sur un point : les fiches que j’ai consultées ne détaillent pas la liste des épreuves, et je ne veux pas vous en inventer une de mémoire. La vidéo juste en dessous est le meilleur moyen de voir ce que le jeu propose réellement à l’écran, et de juger si l’ambiance « numéro de cirque » vous parle.
Tynesoft, la maison des « Games » à bas prix
L’éditeur de la version ST est le britannique Tynesoft, installé à Blaydon, dans le nord de l’Angleterre. Fondée en 1983, la société a fini par faire faillite en juin 1990, entraînée par les dettes de sa filiale d’imprimerie. Entre-temps, elle s’était fait une spécialité de ces compilations d’épreuves sportives : Olympiad, Winter Olympics, Summer Olympiad en 1988, Winter Olympiad ’88 la même année, puis Buffalo Bill’s Rodeo Games en 1989. Circus Games fait partie de la fournée, et Wikipédia le range parmi les titres les plus réussis de l’éditeur, ceux qu’on appelle ses jeux « multi-load ».
Le jeu a eu une carrière très large : Electron, BBC Micro, Commodore 64, ZX Spectrum, Amstrad CPC, Atari ST, Amiga, Apple II et PC. Pour un petit éditeur, c’est un vrai tour de force de distribution. Et ça explique en partie le résultat : quand on décline un même concept sur neuf machines, aucune version ne peut être taillée sur mesure. La version ST profite néanmoins d’une équipe créditée avec soin sur AtariMania, ce qui est assez rare pour un jeu de cette catégorie.
Qui a fait quoi
La conception du jeu est attribuée à Subway Software. Côté code, la fiche AtariMania cite deux programmeurs qui ne se présentent que par leurs surnoms : Gazza (Chris) et Nezzy (Steve). Les graphismes sont signés Paul Drummond et Michael Landreth, la musique est de Wally Beben. Les effets sonores, eux, restent anonymes. Le tout est programmé en langage machine, ce qui est la norme pour l’époque, et tient sur deux disquettes simple face.
Techniquement, la fiche donne des indications utiles pour qui voudrait y rejouer : le jeu tourne en basse résolution, il est compatible ST et STe, et il demande 512 Ko de mémoire. Il se joue au joystick, seul ou à plusieurs. C’est important : ce genre de jeu n’a de sens qu’à plusieurs. Faire un total de points tout seul, c’est bien. Le faire à côté d’un copain qui essaie de vous battre à la dernière épreuve, c’est tout autre chose. C’est dans ce cadre que les « Games » ont toujours donné le meilleur d’eux-mêmes, avec un joystick qui chauffe et des « non, rejoue, j’ai glissé » de mauvaise foi.
Date de sortie : 1988 ou 1989 ?
Beaucoup de listes mentionnent 1988, mais pour l’Atari ST la date à retenir est plutôt 1989. AtariMania date la version ST de 1989, comme la liste des jeux Atari ST de Wikipédia. L’ambiguïté vient de ce que d’autres machines affichent 1988 dans leurs listes : c’est le cas pour la ZX Spectrum et l’Acorn Electron. Les versions 8 bits semblent donc avoir précédé les 16 bits d’un cheveu, ce qui est logique pour un éditeur dont le cœur de métier était les micros populaires britanniques.
Côté presse, les premiers tests de la version ST apparaissent en janvier 1989 selon la fiche, ceux de l’Amiga en février. Autant dire que le jeu est arrivé dans les kiosques dès l’hiver, juste après les fêtes. Difficile d’être plus précis sur la date exacte de commercialisation : les sources se contentent de ces repères.
Ce qu’en pensait la presse : du simple au presque double
C’est la partie la plus savoureuse. AtariMania recense cinq critiques pour la version ST :
- ST Action, février 1989 : 64 %
- The One, février 1989 : 60 %
- Atari User (édition espagnole), avril 1989 : 60 %
- ACE, avril 1989 : 535 sur 1000
- Atari ST User, juin 1989 : 9 sur 10
Trois magazines autour de 60 %, un quatrième un peu en dessous avec 535 sur 1000, et un dernier qui sort le grand jeu avec 90 %. Il n’y a pas de mystère à tirer de cet écart, mais quelques pistes de lecture. Un 60 %, dans la presse de l’époque, est une note de jeu « correct, sans plus » : on a vu des centaines de multi-épreuves, et celui-ci ne les renouvelle pas assez pour mériter mieux. Un 9/10 dans un magazine dédié à l’Atari signifie plutôt que, pour les possesseurs de ST, le jeu offrait un vrai moment de plaisir collectif. Les deux avis ne s’excluent pas : c’est le même jeu, vu par des lecteurs qui n’attendaient pas la même chose.
Pour la petite histoire, la fiche ne précise pas qui signe ces critiques : je ne vous livrerai donc aucun nom de testeur. À noter aussi que, côté lecteurs, il n’y a aucune note ni commentaire sur AtariMania pour cette version : le jeu est resté assez discret chez les nostalgiques du ST.
ST contre Amiga : un match qui n’a pas vraiment eu lieu
Faut-il comparer ? Sur un jeu de ce type, la question est presque rituelle. La version Amiga existe, bien sûr, et elle est sortie à peu près au même moment. Mais je n’ai pas de source fiable pour comparer précisément les graphismes ou le son entre les deux versions, et je ne vais donc pas prétendre le contraire. Ce qu’on peut dire, c’est que dans ce genre de jeu, l’écart entre les deux machines compte assez peu : ce qui fait la différence, c’est la précision du joystick et la lisibilité des épreuves, pas la profondeur de la palette. Sur ce terrain, le ST et l’Amiga étaient à armes à peu près égales.
Ce qui est certain en revanche, c’est que la machine d’Atari avait une vraie base de joueurs prêts à enchaîner les parties de salon, avec le joystick au bout du câble et un frère ou un voisin sur le canapé. Circus Games s’adressait précisément à eux, sans prétention, avec un titre clair et un thème coloré.
Le plaisir de jeu, sans se raconter d’histoires
Je ne vais pas vous vendre un chef-d’œuvre. Un jeu multi-épreuves vit ou meurt sur trois choses : la variété des épreuves, la sensation de contrôle et l’envie de recommencer. Sur les deux premiers points, les avis de la presse sont partagés, comme on l’a vu. Sur le troisième, tout dépend de la compagnie, j’imagine : seul, on se lasse vite, à plusieurs, on peut y passer l’après-midi.
Ce que je retiens, c’est que le thème du cirque était un bon choix. Il change la couleur du genre, il évite la répétition des gestes olympiques et il laisse un peu de place à la drôlerie. C’est le type de jeu qu’on lance pour rigoler cinq minutes avant de se laisser prendre au jeu du classement. Les amateurs de challenge pur, qui attendaient des mécaniques fines, étaient peut-être plus tièdes, ce qui expliquerait en partie les 60 %.
Y rejouer aujourd’hui
La fiche AtariMania signale que l’image disque du jeu est manquante au moment où je consulte la page : le dump n’y est pas proposé en téléchargement. Il faudra donc chercher ailleurs, ou se contenter de la vidéo ci-dessus. Si vous mettez la main sur une image, pensez à la basse résolution et à la compatibilité STe, et à prévoir un joystick (ou son équivalent dans votre émulateur) : les fiches indiquent un jeu au joystick, c’est donc la manière naturelle d’y jouer.
Alors, que dire de Circus Games ? Ce n’est pas le meilleur multi-épreuves du ST, loin de là, et ce n’est pas non plus un navet. C’est un divertissement de salon, né d’un petit éditeur du nord de l’Angleterre qui a su décliner le même thème sur neuf machines. Il mérite surtout qu’on se souvienne de lui comme d’une curiosité sympathique : un chapiteau qui a planté sa tente un hiver sur nos disquettes, avant que Tynesoft ne ferme boutique en 1990.
À lire aussi sur le blog :
→ Summer Olympiad sur Atari ST, un autre multi-épreuves signé Tynesoft.
→ Winter Olympiad 88 sur Atari ST, la version hivernale du même éditeur.
En savoir plus : fiche AtariMania · Tynesoft sur Wikipédia · chaîne AtariGreenlog.
FICHE DU JEU
- Jeu
- Circus Games
- Machine
- Atari ST
- Sortie
- 1988
- Référence
- Circus Games sur Atarimania
Y rejouer aujourd'hui
L'émulateur libre Hatari reproduit l'Atari ST sous Windows, macOS et Linux. Il lui faut l'image disque du jeu, à tirer de votre propre disquette. Les versions originales se trouvent encore d'occasion, et certains éditeurs ont réédité leurs titres.