Pas de scénario à rallonge, pas de héros au grand cœur, pas de monde à sauver avec un discours en trois actes. Sidewinder (que la chaîne et pas mal d’anciens joueurs écrivent « Side Winder ») vous colle un vaisseau entre les mains, un désert qui défile vers le bas de l’écran, et vous laisse vous débrouiller avec ça. C’est un shoot’em up vertical vendu au prix d’un budget, et il n’a jamais prétendu être autre chose. Reste à savoir si ce parti pris fait de lui un petit bonheur oublié ou juste un sympathique bouche-trou de bac à soldes.
Un petit shoot’em up signé Mastertronic, sorti en 1988
Première correction à faire : on trouve parfois 1987 associé à ce titre, mais les sources que j’ai consultées vont toutes dans le même sens, 1988. AtariMania recense le jeu sur ST en 1988, MobyGames le date aussi de 1988 (Amiga, Atari ST et PC), et Atari UpToDate le range au 1er janvier 1988, une date qui ressemble davantage à un repère administratif qu’à un jour de sortie précis. Difficile d’être plus catégorique que « 1988 ».
Côté éditeur, c’est Mastertronic en Grande-Bretagne, la maison qui avait bâti sa réputation sur des jeux à petit prix. La fiche américaine de AtariMania mentionne aussi Arcadia Software, distribué via Virgin Mastertronic, ce qui s’explique par l’origine du projet : le jeu est présenté comme l’adaptation d’un titre de la ligne Arcadia Systems, cette ligne de bornes d’arcade que Mastertronic a tenté d’imposer à l’époque. La version ST a été réalisée par le studio Binary Design, avec Gary Vine à la programmation, Chris Collins et Chris Gurney aux graphismes. Ce n’est donc pas un titre de grand nom, mais une équipe qui connaissait le métier du jeu à budget serré.
Ce qu’on fait vraiment aux commandes
Le principe tient en une phrase : vous poussez votre appareil vers le haut, le décor défile verticalement, et vous abattez ce qui bouge avant que cela ne vous abatte. Le vaisseau n’a qu’une seule arme, un double canon dirigé vers l’avant. Pas de tir en croix, pas de bombe à retardement, pas d’arsenal à faire évoluer en ramassant dix bonus différents. Quelques cibles posées au sol demandent plusieurs impacts avant de céder, et les cibles statiques rapportent des points supplémentaires, ce qui transforme chaque niveau en petit exercice de chasse à l’économie : on tire sur tout, parce que tout rapporte quelque chose.
Les bonus existent, mais soyons francs : la plupart se contentent de gonfler le score. Seul le tir rapide change réellement la manière de jouer. Ils apparaissent à des endroits fixes ou de façon aléatoire, ce qui donne une très légère impression de hasard sans jamais bouleverser une partie. On est loin de la logique d’un Xenon, où le vaisseau pouvait se transformer en cours de partie.
Quelques détails de conception surprennent, et pas toujours en bien. Il n’y a ni boss de fin de niveau ni système de continue : on avance, on meurt, on recommence. Au tout début de chaque niveau, vous évoluez dans une sorte de couloir dont les parois sont mortelles, sans que le jeu prenne la peine de vous en avertir clairement. On en perd une vie avant de comprendre. Il faut aussi passer par un menu de difficulté au lancement, à chaque partie, ce qui paraît anodin sur le papier et finit par agacer à la vingtième tentative. Les sources divergent légèrement sur le nombre exact de niveaux (MobyGames parle de six, un commentaire sur AtariMania évoque cinq niveaux de difficulté), et je préfère ne pas trancher à ma place.
Ce que l’écran et les haut-parleurs racontent
Pour un jeu à petit prix sur ST, la réalisation tient plutôt bien. Les décors varient : désert, forêts, paysages plus futuristes, de quoi éviter l’impression de tourner en rond sur le même carré de sable. Les graphismes sont jugés au-dessus de la moyenne pour la machine, et les explosions, spectaculaires pour la catégorie, ont un vrai effet de récompense quand une cible lourde finit par exploser après trois ou quatre coups bien placés.
Côté son, la version ST reprend le travail fait sur Amiga. La musique est une adaptation de David Whittaker, nom bien connu des amateurs de bandes-son 16 bits, et la fiche AtariMania signale une musique de titre numérisée. Les effets sonores sont samplés, et certains empruntent leurs extraits à des séries de science-fiction, dont The Twilight Zone, Doctor Who et Battlestar Galactica, d’après la critique du Mastertronic Collectors Archive. Une petite fantaisie de l’époque, quand personne ne se demandait trop si l’on avait le droit de piocher des sons ici et là. Évidemment, le ST n’a pas la palette sonore de l’Amiga, mais pour un shoot de cette catégorie, on se retrouve avec une ambiance sonore qui donne du caractère à une action par ailleurs assez nue.
Amiga contre ST : une rivalité à l’envers
D’habitude, le ST joue les seconds rôles dans ce genre de comparaison. Ici, l’affaire est plus intéressante. D’un point de vue purement technique, l’Amiga garde l’avantage : défilement plus fluide, graphismes plus détaillés et plus colorés, affichage plein écran là où la version ST ne l’occupe pas entièrement. Les effets sonores, eux, sont à peu près identiques d’une machine à l’autre.
Mais la version ST tourne légèrement plus lentement, et ce ralentissement a un effet inattendu : le vaisseau devient plus réactif, le jeu plus pardonnant, donc plus agréable à jouer. C’est exactement ce que dit la critique du Mastertronic Collectors Archive, dont l’auteur a découvert le jeu sur Amiga en 1990 et affirme tout de même que la version ST est celle qu’il juge définitive. Voilà un cas assez rare où la machine censée être la moins brillante se révèle la plus plaisante manette en main. Les amateurs de ST ont rarement l’occasion de s’en vanter, autant le noter.
Presse, charts et verdict du temps
À sa sortie, Sidewinder n’a pas déclenché de raz-de-marée critique. ST Action lui accorde 65 % dans son numéro d’août 1988, et ST-Computer a consacré une courte mention au jeu dans sa rubrique de jeux du mois d’août 1988. Les lecteurs d’AtariMania, très peu nombreux à avoir voté (trois votes seulement), lui donnent 6,7 sur 10. La critique moderne du Mastertronic Collectors Archive dit 6 sur 10, en regrettant que le jeu soit dépourvu de bien des éléments qu’on attend d’un shoot’em up d’arcade.
Côté ventes, en revanche, le jeu s’est bien défendu : toujours selon la fiche AtariMania, le jeu a atteint la dixième place des ventes britanniques sur ST en octobre 1988 et a reçu une distinction de meilleur jeu budget de l’année 1988. Voilà l’équation d’un jeu à prix modeste : jamais exceptionnel, toujours honnête, et suffisamment efficace pour plaire à des joueurs qui n’attendaient pas la lune pour quelques pièces. Une suite, Sidewinder II, est d’ailleurs sortie quelques années plus tard, signe que la formule avait trouvé son public.
Faut-il lui redonner sa chance aujourd’hui ?
Si vous cherchez un monument du genre, passez votre chemin, ou plutôt rejoignez ses rivaux plus ambitieux. Le jeu manque d’idées, ses bonus sont décevants, l’absence de boss laisse les niveaux sans véritable apogée, et le menu de difficulté à répétition frôle la corvée. Un shoot’em up qui n’offre aucun moment de bravoure a du mal à se faire une place dans la mémoire.
Mais il y a une vraie qualité à son actif : il est immédiat. On lance, on tire, on survit un peu, on s’amuse trois minutes, on recommence en essayant d’aller un écran plus loin. Pour qui aime les séances courtes sur émulateur ou sur un vrai ST, c’est un bon exemple de ce que le catalogue budget savait faire, entre jeu réellement oubliable et petit plaisir sans prétention. Et l’ironie de l’histoire, c’est que la version que l’on associe d’habitude à une copie fauchée de l’Amiga soit, de l’avis d’au moins un testeur, la plus agréable à jouer. Rien que pour cette revanche, Sidewinder mérite qu’on lui accorde un après-midi.
À lire aussi sur le blog :
→ Xenon sur Atari ST, un autre shoot’em up à défilement vertical, bien plus ambitieux, sur la même machine.
→ GoldRunner sur Atari ST, autre grand nom du shoot’em up vertical sur ST, pour comparer avec un jeu plus costaud.
En savoir plus : fiche AtariMania · critique Mastertronic Collectors Archive · chaîne AtariGreenlog.
FICHE DU JEU
- Jeu
- Sidewinder
- Machine
- Atari ST
- Sortie
- 1987
- Voir aussi
- Artech / Mastertronic
- Référence
- Sidewinder sur Atarimania
Y rejouer aujourd'hui
L'émulateur libre Hatari reproduit l'Atari ST sous Windows, macOS et Linux. Il lui faut l'image disque du jeu, à tirer de votre propre disquette. Les versions originales se trouvent encore d'occasion, et certains éditeurs ont réédité leurs titres.