Un plateau de télévision, des spots, un public qu’on devine, deux combattants digitalisés et, autour du ring, des cordes qui ne sont pas là pour décorer. Dans The Ultimate Arena, ce n’est pas seulement l’adversaire qu’il faut surveiller : c’est aussi le bord de l’écran. Un jeu de combat sur Atari ST en 1994 ou 1995, alors que tout le monde parlait déjà de la fin de la machine ? C’est exactement le genre d’objet que la scène ST savait encore produire, avec trois disquettes, un joystick et pas mal d’aplomb.

The Ultimate Arena sur Atari ST, séquence de jeu — chaîne AtariGreenlog

Un jeu de combat, et pas un beat’em all

Commençons par poser l’étiquette, parce que le titre peut tromper. The Ultimate Arena n’est ni un jeu d’action au sens large, ni un défouloir qui avance de gauche à droite : c’est un jeu de combat en tête-à-tête, dans l’esprit des arts martiaux. AtariMania le range dans « Sports, Boxing / Martial Arts », LaunchBox parle de « Fighting », et la fiche d’AtariUpToDate décrit un jeu de karaté. Les trois sources racontent la même histoire : deux adversaires, un duel, un vainqueur.

Le jeu est signé STeam, qui apparaît à la fois comme développeur et comme éditeur selon les bases. Côté crédits, AtariMania cite T. R. Buz à la programmation et à la conception, et B. M. Swan pour la musique. Le pays est donné comme la France et le Royaume-Uni, ce qui colle bien avec cette scène européenne de petites équipes qui sortaient des jeux commerciaux ou en shareware, loin des grands éditeurs. Pas de géant du marché ici : un projet d’équipe réduite, et ça se sent dans sa façon d’exister.

1994 ou 1995 : la date qui ne veut pas se fixer

Ceux qui aiment les dates nettes seront déçus. MyAbandonware et VGTimes donnent 1994 ; AtariMania et AtariUpToDate affichent 1995, et les premières critiques que j’ai pu recouper tombent en mars 1995 (STart Micro, ST Magazine). Le plus raisonnable est de dire que le jeu circule autour de la fin 1994 et du début 1995, sans trancher de façon catégorique. Cette incertitude dit déjà quelque chose : on n’est plus à l’époque où chaque sortie avait son jour de lancement et son encart dans la presse.

Le contexte, lui, ne fait pas débat. À ce moment-là, Atari avait cessé de pousser ses ordinateurs et regardait vers la Jaguar. Le ST vivait sur sa base d’utilisateurs, ses fanzines, ses disquettes de domaine public et quelques développeurs obstinés. Sortir un jeu de combat à digitalisations sur cette machine, c’était un peu défier la logique, et c’est précisément ce qui rend la chose sympathique.

Le ring électrifié et la mort subite

Ce qui distingue The Ultimate Arena des clones évidents, ce sont deux règles que LaunchBox met en avant. D’abord, les combats se jouent en mort subite : pas de « meilleur des trois rounds » qui permet de rattraper une erreur. Un duel, une issue. Ensuite, le pourtour du ring est électrifié, et les joueurs qui se retrouvent coincés dans les cordes en paient le prix. L’ambiance de l’émission futuriste, dont parle la même fiche, prend alors tout son sens : on est dans un spectacle télévisé où la violence est un produit, et où le décor lui-même participe à la brutalité.

Sur le papier, c’est malin. Un jeu de combat repose sur la gestion de l’espace ; ici, l’espace devient une menace en plus de l’adversaire. Reculer pour souffler n’est plus gratuit, et pousser l’autre vers le bord devient une vraie stratégie, pas seulement un moyen de gagner du terrain. Je ne vais pas vous raconter que j’ai éprouvé chaque nuance de ce système : les sources parlent de la règle, pas de son équilibrage, et je préfère m’en tenir à ce qu’on peut vérifier. Mais l’idée est claire, et elle donne au jeu une identité qu’un simple calque des bornes d’arcade n’aurait pas eue.

Des combattants digitalisés, comme au cinéma

Le deuxième argument, c’est l’image. La description d’AtariUpToDate insiste sur des images fixes digitalisées pour tous les mouvements possibles, avec un rendu qui donne une impression de film. AtariMania précise que l’introduction, l’écran d’options et le jeu lui-même utilisent des graphismes digitalisés. C’est la méthode qui avait fait le succès de Mortal Kombat en arcade, quand les studios filmaient de vrais acteurs plutôt que de dessiner des sprites.

Sur ST, la contrainte est rude. Le jeu tourne en basse résolution, avec la palette étendue de l’STe, et il faut faire tenir des séquences d’images digitalisées sur trois disquettes double face (installables sur disque dur, ce qui était un luxe). On ne s’attend pas à la souplesse d’animation d’une borne, et il serait malhonnête de promettre un résultat comparable. Mais le parti pris visuel est assumé, et c’est lui qui donne au jeu son côté « sérieux » par rapport aux petits personnages dessinés de la plupart des jeux de karaté de l’époque.

Le son suit la même logique : AtariMania note que la musique du titre et les bruitages sont digitalisés à 12,5 kHz. C’est modeste comparé à la qualité CD des consoles de la génération suivante, mais pour un ST équipé de son DMA, ça donne des coups qui ont un peu de poids. Parce qu’un jeu de combat qui frappe dans le vide sonore, ça ne marche pas.

STe obligatoire : le prix de l’ambition

Voici le point qui fâche et qui fascine à la fois. The Ultimate Arena exige un STe. AtariMania le marque « STe Only », avec compatibilité Falcon030 et 1 Mo de mémoire, et LaunchBox précise qu’il fait partie des rares jeux à réclamer cette machine. Il exploite le Blitter, le son DMA et la palette de l’STe. Le STe, sorti en 1989, n’avait jamais été vraiment adopté par les éditeurs, qui préféraient viser le plus grand dénominateur commun : le ST de base. Résultat, très peu de jeux en profitaient vraiment.

Pour les possesseurs d’un ST classique, c’était donc un jeu inaccessible, ce qui limitait mécaniquement sa diffusion. Pour ceux qui avaient un STe, c’était une démonstration : voilà ce que la machine savait faire quand on l’utilisait. La fiche d’AtariUpToDate mentionne une liste de compatibilités plus large (ST, STE, TT, Falcon et même des machines modernes comme le FireBee), tout en reprenant la mention « STE ONLY » dans sa description. Les deux informations se contredisent un peu ; pour jouer sans mauvaise surprise, mieux vaut viser un STe ou un émulateur configuré en STe.

Shareware d’abord, version complète ensuite

Autre particularité : il existe une version shareware. Elle est jouable mais limitée à trois rounds, deux adversaires et un seul décor. La version complète en offre sept, avec plusieurs décors, ainsi qu’un mode à deux joueurs et d’autres ajouts. AtariUpToDate la référence dans la collection Delta Labs (DL 166), dans le Floppyshop (jeu 5123) et dans les disquettes PD d’ST-Computer (n° 819), et signale un article dans ST-Computer 05/1995. C’est la voie classique de la petite structure : distribuer largement la version limitée, comptant sur le bouche-à-oreille pour vendre le reste.

Le mode à deux, justement, est celui qui compte pour un jeu de combat. Seul contre l’ordinateur, on avance dans l’ordre des adversaires ; à deux, devant le même écran, c’est le vrai test. Les contrôles se font au joystick, ou au Jagpad d’après AtariMania, pour les plus aventureux qui avaient récupéré la manette de la Jaguar. Voilà un détail charmant : la console qui devait enterrer le ST prête sa manette pour jouer à un jeu ST.

Ce qu’en disait la presse

Les chiffres de l’époque, recoupés sur AtariMania, sont plutôt flatteurs sans être unanimes. STart Micro lui attribue 73 % en mars 1995. ST Format, un cran au-dessus, le note 86 % en septembre 1995. ST Magazine l’évoque en mars 1995, sans note retenue dans la base. Côté lecteurs, la note moyenne est de 8,1 sur 10, mais sur onze votes seulement : on se gardera d’en tirer une vérité générale. Les notes de presse, elles, sont plus solides.

L’écart entre 73 et 86 % reflète sans doute ce qui divise souvent dans ce genre de projets. Les uns saluent le parti pris des images digitalisées et les règles originales ; les autres regardent la fluidité et la profondeur du jeu de combat, et trouvent la copie moins riche que les modèles. Difficile d’être catégorique sans disposer des textes complets, mais les deux chiffres suggèrent un jeu respectable, avec ses limites.

Quelle place dans la ludothèque ST ?

Face à ses voisins, The Ultimate Arena occupe une niche très précise. Il n’a pas la bonhomie de International Karate +, qui reste la référence du combat sur 8 et 16 bits avec ses trois combattants simultanés. Il n’a pas non plus le côté sport de ring d’un Panza Kick Boxing, autre jeu du blog qui tourne autour du kickboxing. Il tente autre chose : le combat réaliste, l’ambiance télévisée, la règle du « un seul round ».

Face à l’Amiga, la comparaison directe est difficile : je n’ai trouvé aucune version du jeu sur cette machine, et je ne vais pas fabriquer un duel qui n’a pas eu lieu. Ce qui est sûr, c’est qu’un titre réservé à l’STe a de quoi faire sourire une communauté habituée à voir les gros éditeurs privilégier l’Amiga.

Y jouer aujourd’hui

La question pratique est simple : comment le lancer ? Les versions shareware et complète circulent dans les archives ST, et plusieurs sites d’abandonware proposent le jeu. Le jeu est aussi disponible via une page itch.io dédiée. Côté émulation, choisissez un profil STe : un ST de base refusera de l’afficher correctement. Un joystick ou un gamepad de type Atari fera l’affaire ; ne comptez pas sur le clavier pour des enchaînements précis.

Mon verdict, tel qu’on peut le formuler en s’appuyant sur ce qu’on sait : The Ultimate Arena n’est pas le meilleur jeu de combat de l’histoire du ST, et il ne cherche pas à l’être. C’est un projet qui tire le maximum de ce qu’offrait une machine sur le déclin, avec des idées de règles qui ont du caractère et une présentation soignée pour son format. Si vous possédez un STe, ou si vous aimez les curiosités de la scène tardive, il mérite largement ses quelques minutes. Et si le bord du ring vous fait peur, c’est que le jeu a gagné.

À lire aussi sur le blog :
→ Panza Kick Boxing sur Atari ST, un autre duel sur le ring, version kickboxing.
→ International Karaté + sur Atari ST, le combat d’arts martiaux de référence sur la machine.

En savoir plus : fiche AtariMania · fiche AtariUpToDate.

FICHE DU JEU

Jeu
The Ultimate Arena
Machine
Atari ST
Sortie
1994
Voir aussi
ERE Informatique
Référence
The Ultimate Arena sur Atarimania

Y rejouer aujourd'hui

L'émulateur libre Hatari reproduit l'Atari ST sous Windows, macOS et Linux. Il lui faut l'image disque du jeu, à tirer de votre propre disquette. Les versions originales se trouvent encore d'occasion, et certains éditeurs ont réédité leurs titres.