Un saloon, un pianiste qui attend sa bière, une vache qui n’a rien demandé et un type qui mâchouille du tabac en visant un pot à dix pas. Pas de héros, pas de scénario, pas de monde à sauver : Western Games ne prétend rien d’autre qu’être une grande rigolade de comptoir, jouable à deux sur le même écran. Sur Atari ST, c’est l’un de ces titres qu’on lance pour faire rire les copains, pas pour les impressionner.
Un western en six épreuves, pas un jeu d’action
Première mise au point, parce que le titre induit en erreur : on n’est pas devant un jeu de tir ni un jeu d’aventure. Western Games est une compilation d’épreuves, dans la famille des jeux « multi-événements » que l’on voyait fleurir sur tous les micros de l’époque. Wikipédia (dans son article consacré à l’éditeur) range le titre dans la catégorie sport, et c’est la plus honnête : on enchaîne des concours, on se mesure à un adversaire, on cherche à gagner. Certaines bases de données parlent d’action, une autre va jusqu’à écrire « aventure », ce qui n’a aucun sens ici. Disons un jeu de sport parodique, version far-west de comptoir.
Le jeu est sorti en 1987 chez Magic Bytes, le label de jeux de la société allemande micro-partner Software. C’est même, d’après Wikipédia, le titre par lequel le label a fait ses débuts, avec Clever & Smart. Côté développement, les sources ne sont pas d’accord entre elles : AtariLegend et une base de données consultée citent reLINE Software, tandis que d’autres fiches parlent de micro-partner ou de Magic Bytes lui-même. Difficile d’être catégorique, mais reLINE est la mention la plus fréquente pour la version ST. AtariLegend détaille aussi une équipe : Rolf Lakämper pour le concept, la programmation et les effets sonores, Holger Gehrmann et Frank Hartmann à la programmation, Bettina Wiedner et Hartwig Nieder-Gassel aux graphismes, Olaf Hartmann pour une partie des sons.
Le jeu a aussi été décliné sur Amiga, Commodore 64 et Amstrad CPC. Une prévisualisation de la version ST est signalée dans le numéro 17 de ST Magazine, en mars 1988. C’est à peu près tout ce que j’ai pu retrouver comme trace presse : je n’ai pas trouvé de test d’époque avec une note que je pourrais vous citer sans l’inventer, donc je m’abstiens.
Au menu du saloon
Six épreuves, donc, toutes jouées au joystick avec un seul bouton. Passons-les en revue, parce que c’est là que tout se joue.
Le bras de fer. On tire le manche vers soi quand le bras entre dans une phase de force, puis on appuie sur le bouton pour verrouiller la position. C’est une affaire de timing plus que de bourrinage, ce qui change agréablement des jeux où l’on secoue le joystick jusqu’à la tendinite.
Le tir aux verres. Deux joueurs, cinq cibles en verre, et le premier qui les a toutes touchées l’emporte. On dégaine en poussant le manche (à droite pour le joueur 1, à gauche pour le joueur 2), on vise avec un viseur, on tire avec le bouton. Détail amusant relevé dans la description du jeu : un cœur qui bat figure la nervosité du tireur et rend la visée moins stable. C’est de loin l’épreuve qui sent le plus le western de cinéma.
Le crachat de chique. Il faut croquer la bonne quantité de tabac, la mâcher en bougeant le manche, puis régler la force et l’angle du crachat pour atterrir dans un pot. Oui, c’est dégoûtant. Oui, c’est le genre de chose qu’un jeu de 1987 pouvait se permettre sans que personne ne s’en offusque.
La traite. Le joystick doit suivre un schéma précis, au rythme du pis qui pulse, pour remplir des bidons. Ici, la particularité tient à l’opposition directe entre joueurs : on peut aussi coller un coup de coude à l’adversaire en poussant à droite et en appuyant sur le bouton. La vache est le personnage le plus innocent du jeu, et pourtant le plus mal traité.
La danse. On exécute des mouvements de joystick en gardant la cadence. Si l’on perd le rythme, le pianiste s’arrête, et il ne reprend que lorsqu’on lui a payé une bière. L’idée est jolie : un système de pénalité qui est une vraie petite scène de saloon plutôt qu’un simple « raté ».
Le concours de bouffe. La plus absurde : tremper la cuillère, la garder en équilibre, aspirer, mâcher, avaler, boire, dans cet ordre. Se tromper d’ordre déclenche un rot et une pause forcée. Il y a quelque chose de profondément régressif à perdre un concours parce qu’on a avalé avant de mâcher.
Le plaisir, c’est l’autre joueur
Voilà le vrai ressort du jeu. Pris seul, Western Games est une série d’épreuves courtes et plutôt répétitives, dont on fait le tour assez vite. À deux, ça change de nature : le tir aux verres devient un duel, la traite un règlement de comptes, la danse une humiliation publique. Ce genre de titre se juge au canapé, pas à l’écran. On y retrouve l’esprit des soirées sur ST où l’on s’échangeait les disquettes du quartier et où le meilleur jeu était celui qui faisait crier le plus fort.
Cette façon de faire un jeu à partir d’un format de compétition en tranches n’a rien d’original en 1987. Les compilations d’épreuves à la World Games ou Summer Games avaient posé le décor, et Western Games en reprend la forme, avec un thème plus caricatural et des épreuves beaucoup plus bêtes que techniques. Là où les jeux d’Epyx, avec leurs épreuves sportives, tentaient un minimum de réalisme dans les gestes, ici le but est de faire sourire. Chacun jugera si le pari est tenu, mais l’intention est claire et assumée.
Ce que le ST fait (et ne fait pas) pour lui
Parlons de la machine. Le ST n’a pas la palette de l’Amiga, et un jeu allemand de 1987 conçu pour plusieurs micros n’allait pas forcément exploiter les 16 couleurs à fond. Les écrans fixes, sans défilement, sont adaptés à ce que le ST faisait bien : de grands décors lisibles, de gros sprites, un affichage net. Les fiches décrivent d’ailleurs un jeu à écrans fixes, qui passe d’une épreuve à l’autre. Pas de prouesse technique, donc, mais pas de raison de pleurer non plus.
Un petit retour sur la version Amstrad CPC, la seule dont j’ai trouvé un test écrit récent : un blog rétro lui donne 4 sur 10, salue de grands graphismes colorés mais regrette des commandes difficiles à prendre en main. C’est un avis isolé, sur une autre machine, et je le cite comme tel. Il rejoint quand même mon impression sur le papier : les épreuves reposent sur des enchaînements de mouvements de joystick qu’il faut apprendre, et la première partie sert surtout à comprendre ce qu’on attend de vous. Sur ST, avec un bon manche, les commandes sont probablement moins pénibles que sur CPC, mais je n’ai pas de source pour l’affirmer.
Y rejouer aujourd’hui
La vidéo ci-dessus vous donne une bonne idée de l’ambiance. Pour y jouer, un émulateur ST fera l’affaire, et il vaut mieux brancher deux manettes : c’est le seul mode où le jeu tient vraiment la distance. Comptez une demi-heure pour faire le tour des six épreuves et comprendre chacune, un peu plus si l’on veut départager deux amis têtus. Prévoyez aussi un public : les crachats de chique ne font rire qu’à plusieurs.
Si l’on cherche du fond, Western Games n’en a pas. Si l’on cherche un jeu à ressortir un soir de bonne humeur, pour rire de la grossièreté d’une époque où le goût du bizarre l’emportait sur celui du bon goût, il fait parfaitement l’affaire. C’est un jeu de buvette, au sens le plus littéral : on ne lui demande pas de durer, on lui demande de faire rire entre deux tournées.
Une dernière tournée pour le pianiste
Ce qu’on retient de ce jeu, c’est peut-être cette petite règle du saloon : le pianiste s’arrête quand on rate la danse, et on doit lui payer une bière pour qu’il rejoue. Dans un catalogue ST plein de jeux sérieux qui se prennent pour des films, voilà un titre qui préfère une blague de comptoir à une grande ambition. Il ne marquera pas l’histoire de la machine, mais il a le mérite rare de savoir exactement ce qu’il est, et c’est déjà plus que beaucoup de ses contemporains.
À lire aussi sur le blog :
→ World Games sur Atari ST, le jeu d’épreuves qui a donné le ton du genre.
→ Eskimo Games sur Atari ST, une autre série d’épreuves farfelues sous un thème décalé.
En savoir plus : fiche AtariLegend · Magic Bytes sur Wikipédia.
FICHE DU JEU
- Jeu
- Western Games Atari ST
- Machine
- Atari ST
- Sortie
- 1987
- Référence
- Western Games Atari ST sur Atarimania
Y rejouer aujourd'hui
L'émulateur libre Hatari reproduit l'Atari ST sous Windows, macOS et Linux. Il lui faut l'image disque du jeu, à tirer de votre propre disquette. Les versions originales se trouvent encore d'occasion, et certains éditeurs ont réédité leurs titres.