Un nain qui crache des éclairs, une amazone en bikini de combat, un barbare à la hache, et en face une armée de squelettes, de géants et de chevaliers qui n’ont visiblement rien d’autre à faire de leur journée que de se faire cogner dessus. Voilà Golden Axe, ou comment résumer trois heures de film d’heroic fantasy en vingt minutes de baston. Sur Atari ST, on ne l’a pas attendu bien longtemps après les salles d’arcade, et c’est tant mieux : c’est un des très rares beat’em up médiévaux-fantastiques de la ludothèque de la machine.

Une borne Sega qui change de décor

Petit rappel utile : Golden Axe est un beat’em up à défilement horizontal, où l’on avance de gauche à droite en distribuant des coups à tout ce qui bouge. La borne d’origine sort au Japon en janvier 1989 chez Sega, conçue par la Team Shinobi, avec Makoto Uchida comme concepteur et producteur. Elle tourne sur la carte System 16B, et son idée tranche avec la concurrence : là où Double Dragon et ses cousins vous jettent dans une rue sale de banlieue, Golden Axe vous plante dans un monde de glaives et de sorcellerie.

Le prétexte tient en une ligne, comme il se doit : le tyran Death-Adder (c’est le nom que cite la presse de l’époque pour le grand méchant) menace le royaume, et trois héros, chacun avec une raison personnelle de lui en vouloir, partent lui demander des comptes. Ils s’appellent Ax Battler le barbare, Tyris Flare l’amazone et Gilius Thunderhead le nain. Chacun possède sa propre magie : la terre pour Ax, le feu pour Tyris, la foudre pour Gilius. On ne va pas chercher plus loin que ça, et c’est très bien : personne n’a jamais lancé Golden Axe pour son scénario.

Le portage de Noël 1990 (ou presque)

La version Atari ST est éditée par Virgin en 1990, avec une sortie britannique située vers novembre selon les bases de données consultées. Pour le développeur, soyons prudents : certaines fiches créditent Probe, d’autres le studio Dementia, et il est difficile d’être catégorique entre les deux. La musique, elle, est attribuée à David Whittaker, un nom qu’on croise souvent sur les jeux 16 bits britanniques de l’époque.

Autre détail qui surprend : d’après la documentation de Sega Retro, les versions Amiga et ST ont été développées en parallèle, d’abord à partir de la version Mega Drive, puis retouchées avec des éléments de l’arcade une fois que l’équipe a vu ce que Sega avait changé sur sa console. Autrement dit, ce portage ST ne descend pas d’une copie directe de la borne : c’est un cousin de la Mega Drive, remis à la sauce arcade. Ça explique son côté un peu hybride.

Golden Axe sur Atari ST, séquence de jeu — chaîne AtariGreenlog

Frapper, sauter, lancer un sort : la mécanique

Le principe est d’une simplicité désarmante, et c’est sa force. Un bouton pour frapper, un pour sauter, et la combinaison des deux pour un coup spécial. Les héros enchaînent les baffes, attrapent les ennemis, les projettent, les piétinent. Au détour des niveaux, de petits voleurs bleus font leur apparition : on leur colle un coup de pied et ils lâchent des fioles de magie. Chaque fiole remplit la jauge qui alimente votre sort, et c’est là que le jeu devient tactique : lancer sa magie tout de suite pour se dégager, ou attendre d’avoir une jauge pleine pour nettoyer l’écran d’un seul coup d’éclat ?

Autre ingrédient qui a fait la réputation de la série : les montures. On peut sauter sur le dos d’une créature, les bizarrians, et s’en servir comme d’une arme vivante. La plus faible est un cockatrice, un genre de gros lézard bipède ; un dragon plus costaud se présente plus tard. Chevaucher un monstre dans un jeu de baston, en 1990, c’était l’argument qui faisait lever les yeux de la revue qu’on tenait en main. Sur ST, on retrouve ces ingrédients, et c’est ce qui sauve l’affaire : sans eux, ce serait juste une rue pavée avec un décor de carton-pâte.

Ce que la presse britannique en pensait

Heureusement, on dispose d’au moins un avis d’époque vérifiable. ST Format, dans son numéro 18 de février 1991, attribue à la version ST un 82 % global, sous la plume d’Andy Hutchinson. Le détail est instructif : graphismes à 90 %, son à 80 %, attrait immédiat à 80 %, durée de vie à 80 %… et seulement 50 % en « intelligence », la note la plus faible de la grille. Le testeur parle d’un beat’em up « fluide » et d’un des jeux les plus jouables du genre depuis Strider.

Il pointe aussi les défauts. Les mouvements finissent par devenir répétitifs, et le saut est jugé « trop difficile quand on en a le plus besoin ». Autrement dit, on se bat surtout au corps-à-corps, et quand il faut sauter au bon moment, le jeu ne vous aide pas. Le mode à deux est en revanche conseillé : jouer simultanément doublerait la force de frappe sans multiplier le nombre d’ennemis. C’est exactement l’esprit du jeu, et le meilleur argument pour y revenir avec un copain.

Atari ST, Amiga, Mega Drive : qui sort vainqueur ?

La comparaison est inévitable. Côté Mega Drive, la version de Sega a été applaudie par la presse britannique de l’époque : Mean Machines et Sega Pro lui donnaient 91 %, ce qui place la barre très haut. Le ST, lui, se contente des 82 % de ST Format, nettement plus modestes. Ce n’est pas surprenant : une console conçue pour les jeux d’arcade, avec ses sprites matériels et son défilement, a toujours eu un avantage sur un ordinateur 16 bits polyvalent comme le ST pour ce genre de titre.

Cela dit, la machine d’Atari n’a pas à rougir. Les graphismes sont salués, et je dirais que c’est la partie la plus convaincante de cette conversion : les héros sont reconnaissables, les couleurs tiennent la route et l’animation reste lisible, même quand l’écran se remplit de squelettes. Le son, de son côté, mise sur des échantillons de coups et de cris. Ce n’est pas la borne, mais ça cogne. Ce qui manque, au final, c’est sans doute ce petit supplément de nervosité qu’on associe aux bornes d’arcade, mais c’est affaire de ressenti plus que de mesure.

Et l’Amiga ? Les deux versions sont nées ensemble, on en déduit qu’elles se ressemblent beaucoup. Si vous cherchez la différence, c’est du côté de la palette et du son qu’il faudra aller chercher, mais je préfère ne pas inventer de comparaison point par point sans pouvoir la documenter.

Le plaisir coupable du couloir à ennemis

Parlons franchement. Golden Axe est un jeu qui se défend mieux dans la mémoire que sur la durée. On avance, on cogne, on lance un sort, on récupère une fiole, on grimpe sur un monstre, on cogne encore. Le déroulé est d’une régularité de métronome, et la note d’intelligence de ST Format (50 %) pointe bien ce petit défaut : les ennemis se jettent sur vous sans trop réfléchir, et certains sont, comme le dit joliment le test, « aussi épais que du yaourt sibérien ». C’est assumé, et c’est presque touchant.

Mais dans ses meilleurs moments, quand on enchaîne les coups à deux, qu’un des héros projette un adversaire contre un autre et que la jauge de magie déborde juste au bon moment, le jeu délivre ce plaisir simple que seuls les bons beat’em up savent offrir. Un plaisir sans prétention, de ceux qui ne demandent aucune notice et aucun tutoriel, juste un joystick et un deuxième joueur. Pour un soir de semaine avec un ami, ça suffit largement.

Y rejouer aujourd’hui sur un émulateur

Le jeu tourne sans souci sur les émulateurs Atari ST courants, comme Hatari. Un conseil : installez-vous à deux, ou au moins profitez-en pour tester les trois personnages, car chacun a sa façon de jouer et sa magie propre. Tyris pour le feu, Gilius pour la foudre, Ax pour la terre : le choix change vraiment la manière d’aborder les groupes d’ennemis. Si vous êtes un puriste de la version arcade, vous serez frustré, c’est certain ; si vous êtes simplement curieux de voir ce que pouvait donner un grand nom de Sega sur la machine d’Atari, vous passerez un bon moment.

Un point à garder en tête quand on lance le jeu aujourd’hui : l’émulation facilite tout, y compris le plaisir de se concentrer sur le gameplay sans attendre les chargements des disquettes d’époque. Je n’ai toutefois pas de source fiable sur le nombre exact de disquettes ni sur le temps de chargement, je préfère donc ne pas m’avancer.

Un barbare, une amazone et un nain, sur un ordinateur

Au bout du compte, Golden Axe sur Atari ST n’est ni la meilleure conversion de la ludothèque, ni le chef-d’œuvre qu’on a vu sur Mega Drive. C’est une version honnête, avec de belles couleurs, des persos bien campés, une magie qui change la donne et un mode à deux qui vaut à lui seul le détour. Le saut capricieux et l’intelligence artificielle un peu absente rappellent qu’on n’est pas dans un jeu parfait, mais le charme du trio de héros opère encore. Et puis, soyons francs, il faut quand même un peu d’audace pour proposer à un ordinateur de bureau de faire rouler un nain avec des éclairs sur un dragon.

À lire aussi sur le blog :
→ Double Dragon 2 sur Atari ST, l’autre grand nom de la baston à deux joueurs.
→ Alien Storm sur Atari ST, un autre beat’em up de chez Sega, avec le même esprit de défouloir.

En savoir plus : fiche MobyGames · test d’époque dans ST Format n°18 · chaîne AtariGreenlog.

FICHE DU JEU

Jeu
Golden Axe
Machine
Atari ST
Sortie
1990
Référence
Golden Axe sur Atarimania

Y rejouer aujourd'hui

L'émulateur libre Hatari reproduit l'Atari ST sous Windows, macOS et Linux. Il lui faut l'image disque du jeu, à tirer de votre propre disquette. Les versions originales se trouvent encore d'occasion, et certains éditeurs ont réédité leurs titres.