Une ombrelle. Pas une épée, pas un blaster, pas un arc-en-ciel cette fois : une simple ombrelle, avec laquelle on cueille des ennemis comme on ramasserait des pommes tombées. C’est l’idée, un peu folle et très japonaise, sur laquelle repose Parasol Stars, et elle fonctionne bien mieux qu’on pourrait le croire. Sur Atari ST, le jeu débarque en 1992, au moment où la machine commence à sentir le sapin dans les rayons des boutiques, et il fait partie de ces plateformes colorés qui rappellent que le ST savait encore divertir quand tout le monde regardait ailleurs.

Un nom à rallonge et une filiation encombrante

Première source de confusion : le titre. Sur Atari ST comme sur Amiga, le jeu est vendu en Europe sous le nom complet Parasol Stars: The Story of Rainbow Islands II. Ailleurs, sur NES et Game Boy, il porte l’étiquette Bubble Bobble III. Deux noms pour un même jeu, c’est que la famille est compliquée. Parasol Stars est la suite de Rainbow Islands (1987) et le troisième épisode de la lignée Bubble Bobble, le tout signé Taito.

Et voilà le détail qui change tout : ce n’est pas un jeu d’arcade converti sur micro, comme on l’a longtemps entendu. À l’origine, c’est un jeu pour la PC Engine (la TurboGrafx-16 américaine), sorti au Japon en février 1991. Il n’a jamais eu de vraie borne d’arcade. Atarimania signale d’ailleurs une curiosité : un prototype de borne de 1990, qui n’était en fait qu’un faux meuble hébergeant une console PC Engine, et qui n’a servi que pour des tests en salle. Le portage ST arrive donc par la bande, via Ocean, l’éditeur britannique qui a distribué la version de 1992 sous licence Taito.

Côté équipe, Atarimania et Wikipédia concordent : la programmation des versions Amiga et Atari ST est de Mick West, les graphismes de Don McDermott et la musique de Keith Tinman. Wikipédia ajoute que West décrit ces versions comme des portages directs de la PC Engine. Pour une machine comme le ST, avec ses 16 couleurs à l’écran en basse résolution et sa puce sonore plutôt maigre, c’est une promesse ambitieuse.

Parasol Stars sur Atari ST, séquence de jeu de la chaîne AtariGreenlog

Cueillir, lancer, planer

Le genre est clair : plateforme à écran fixe, façon arcade, où chaque niveau est une succession de tableaux dans lesquels on doit se débarrasser des méchants. Si vous avez joué à Bubble Bobble, vous êtes en terrain connu. Mais l’ombrelle change la façon de penser le niveau.

Avec elle, on peut parer les ennemis, les assommer, les attraper et les projeter contre d’autres. Elle sert aussi de parachute pour ralentir une chute et atteindre des plateformes autrement inaccessibles. Les ennemis éliminés laissent derrière eux des gouttes d’eau : on les ramasse, et lorsqu’on en a cinq en réserve, elles fusionnent en une grosse goutte, un projectile dévastateur qui dégomme tout sur son passage. Rien d’abstrait ici : le jeu vous donne une arme qui se charge au fil de vos succès, et vous pousse à la conserver pour le bon moment plutôt que de la gaspiller.

C’est là, je trouve, que Parasol Stars se démarque de Rainbow Islands. Le jeu de 1987 était une course contre la marée montante, une verticalité nerveuse où le stress vous poussait toujours vers le haut. Ici, le rythme est plus posé, plus tactique : on observe, on attrape, on balance, on enchaîne. Moins d’adrénaline pure, plus de petits calculs à chaque écran. Certains regretteront l’urgence de l’aîné, d’autres préféreront cette mécanique plus ouverte, qui laisse de la place à l’improvisation.

Huit mondes et des secrets à débloquer

La progression se fait en huit mondes principaux, aux décors bien distincts, auxquels s’ajoutent deux mondes secrets qui se débloquent grâce à des étoiles à collectionner. Cette idée de récompense cachée est l’un des petits plaisirs du jeu : elle donne une raison de fouiller les tableaux au lieu de foncer vers la sortie. Des affrontements contre des boss ponctuent la progression et obligent à utiliser intelligemment ce que le jeu vous a appris dans les niveaux précédents.

Le jeu a la réputation d’être assez accessible au début et de se corser nettement dans sa seconde moitié. Je n’ai pas de chiffre fiable à vous donner là-dessus, donc je m’en tiens à ce qu’en disent les amateurs : la courbe est bien dosée, mais elle demande de maîtriser les gouttes et le lancer d’ennemis pour ne pas se retrouver submergé. Sur une seule disquette double face, avec le chargement qui va avec, la patience reste une qualité requise.

Le jeu se pratique au joystick, en solo ou à deux. La fiche Atarimania mentionne un mode deux joueurs, et c’est aussi l’un des arguments de la série : Bubble Bobble a toujours été meilleur à deux, avec un copain sur le canapé pour partager les coups de chance et les gaffes. Je préfère ne pas m’avancer sur les détails de ce mode côté ST, faute de source précise, mais l’esprit de la lignée laisse penser que c’est le moyen idéal de le découvrir.

Atari ST, Amiga, PC Engine : qui gagne le concours de beauté ?

La question que tout le monde pose. Sur ce genre de jeu, l’Amiga se tient généralement un cran au-dessus : plus de couleurs, un son plus riche grâce à Paula et ses quatre voix. Mais ici, les deux versions sortent le même jour de mars 1992, sont développées par la même équipe, et le site HardcoreGaming101 les range parmi les versions les plus proches de l’original, tout en notant une palette plus sombre que sur PC Engine. Autrement dit, le ST n’est pas le parent pauvre : il tient la comparaison honorablement, même si ses couleurs sont plus ternes que celles de la console japonaise.

Pour ma part, je retiens surtout la lisibilité. Le jeu est chargé d’ennemis, de gouttes, de bonus, de plateformes, et sur ST tout reste lisible, ce qui n’est pas un détail pour un jeu où il faut juger en une fraction de seconde où atterrir. Côté son, il faut accepter la sonorité nasillarde du Yamaha YM2149, mais la musique de Keith Tinman a ce côté sautillant qui colle à l’ambiance des jeux de la série. On ne va pas en faire un chef-d’œuvre sonore, mais elle accompagne bien l’action sans lasser.

Les défauts ? Le principal tient à la nature même du portage : reproduire un jeu conçu pour une console 16 bits très performante en 2D sur une machine moins gâtée au niveau graphique impose des compromis, et ça se voit dans la palette. Il y a aussi le côté très « jeu japonais mignon » qui ne plaira pas à tout le monde : si vous cherchez un jeu sombre et atmosphérique, passez votre chemin. Enfin, certains passages demandent une précision au joystick qui peut agacer sur un manche de qualité moyenne. Ce sont des reproches de détail, pas des raisons de laisser le jeu sur l’étagère.

Ce qu’en disaient la presse et les joueurs

À sa sortie, le jeu a plutôt bien été reçu. Atarimania indique que ST Format lui a attribué 91 % dans son numéro d’août 1992, test signé James Leech. Toujours selon la même source, le jeu a atteint la deuxième place des ventes ST au Royaume-Uni en juillet 1992, ce qui en dit long sur l’enthousiasme des acheteurs. Sur la version Amiga, Wikipédia cite 95 % dans CU Amiga et 88 % dans Amiga Power : le jeu séduit à peu près partout où il passe.

Aujourd’hui, les lecteurs d’Atarimania lui donnent 7,2/10 sur 140 votes. C’est une note solide sans être éclatante, et elle correspond assez bien à ce qu’on ressent en y jouant : un très bon plateforme, plus qu’un monument. La version ST a également connu une réédition en 1993 chez Hit Squad, la gamme budget d’Ocean, ce qui a permis à beaucoup de joueurs de la découvrir à petit prix.

Un parasol pour finir la journée

Revenir sur Parasol Stars en 2026, c’est redécouvrir un jeu qui ne cherche pas à épater mais à faire plaisir. Il arrive tard dans la vie du ST, dans une période où les éditeurs préféraient déjà développer sur Amiga ou PC, et il montre ce qu’une équipe attentive pouvait tirer de la machine avec un bon matériau de départ. Le résultat est coloré, malin, et se laisse reprendre avec plaisir pour « une dernière partie ».

Si vous êtes déjà fan de Bubble Bobble ou de Rainbow Islands, il faut absolument essayer celui-ci : c’est une suite qui assume de faire autre chose. Si vous ne connaissez pas la lignée, l’ombrelle est une porte d’entrée aussi bonne qu’une autre. Branchez le joystick, laissez la musique sautiller, et attrapez votre première goutte : c’est là que le jeu vous accroche.

À lire aussi sur le blog :
→ Rainbow Islands sur Atari ST (1989)
→ Bubble Bobble sur Atari ST : Bub et Bob soufflent des bulles en 16 bits

Pour aller plus loin : la fiche Atarimania, la fiche MobyGames et les autres vidéos de la chaîne AtariGreenlog.

FICHE DU JEU

Jeu
Parasol Stars Atari ST
Machine
Atari ST
Sortie
1992
Voir aussi
Ocean / Taito
Référence
Parasol Stars Atari ST sur Atarimania

Y rejouer aujourd'hui

L'émulateur libre Hatari reproduit l'Atari ST sous Windows, macOS et Linux. Il lui faut l'image disque du jeu, à tirer de votre propre disquette. Les versions originales se trouvent encore d'occasion, et certains éditeurs ont réédité leurs titres.