Tapez « Gladiators » dans un moteur de recherche et vous tomberez sur des hommes en lycra qui s’agitent sur des plateformes gonflables. Rien de tout ça ici. Le Gladiators qui nous occupe est un petit jeu de combat sorti en 1989 sur Atari ST, sans licence télé, sans gros éditeur, sans campagne de pub. Un jeu qu’on glissait dans le lecteur de disquettes parce qu’il coûtait peu, et dont la trace historique est aujourd’hui étonnamment mince. Autant le dire tout de suite : cet article va avoir plus de questions que de réponses sur le contenu exact du jeu, et je préfère l’assumer que vous raconter des choses fausses.
Une erreur d’identité à corriger d’abord
La première version de cette page présentait le jeu comme une adaptation de l’émission de télévision, éditée par Domark et développée par Tynesoft. C’était faux, et ça se voyait à l’œil nu : l’émission britannique Gladiators n’a démarré qu’en 1992, trois ans après la date du jeu. Quant à la version américaine, American Gladiators, elle a bien eu son adaptation vidéoludique, mais en 1991, éditée par GameTek et développée par Imagitec Design, avec un portage Amiga en 1992. Aucun rapport avec notre disquette de 1989.
Les fiches de référence sont sans ambiguïté. AtariMania et Atari Legend listent un Gladiators de 1989, publié par Smash 16, distribué par Interceptor, et développé par Wise Owl Software. Ni Domark ni Tynesoft n’apparaissent nulle part. Pour l’anecdote, Tynesoft avait d’ailleurs fait faillite en juin 1990, si l’on en croit son historique. Bref, on repart de zéro.
Ce que disent les fiches, et ce qu’elles taisent
Le genre, d’abord : les deux bases de données classent le jeu comme un beat’em up, un jeu de combat où l’on cogne ce qui se présente. Ce n’est donc pas un jeu de sport, ni un jeu d’épreuves multiples comme on pourrait le croire en lisant l’ancienne version de cette page. Pour le reste, je n’ai trouvé ni description officielle, ni scénario, ni test de magazine consultable. La fiche AtariMania ne contient aucune critique, Atari Legend non plus. Impossible donc de vous détailler le système de coups, le nombre d’adversaires ou la façon dont les combats s’enchaînent sans broder. La vidéo ci-dessus est votre meilleure source : elle montre le jeu tel qu’il tourne, sans mon interprétation.
Ce qui est établi, en revanche, tient en quelques lignes techniques. Le jeu se joue à un seul joueur, au joystick, en basse résolution. Il tient sur une disquette double face, tourne sur un ST ou un STE avec 512 Ko de mémoire, et il est écrit en langage machine. AtariMania précise aussi que le titre bénéficie d’une musique d’intro et de bruitages numérisés, ce qui n’était pas si courant sur un jeu vendu à petit prix en 1989. Un détail qui compte : sur ST, le son numérisé demandait de la place sur disquette et du travail de programmation, deux choses que les budgets serrés rechignaient à offrir.
Wise Owl Software, une équipe de programmeurs de commande
Derrière le jeu, un nom : Wise Owl Software. MobyGames présente cette petite structure comme un studio conçu à l’origine pour des jeux éducatifs, qui s’est vite mis à faire des jeux, surtout des conversions, pour des éditeurs comme Ocean, Gremlin ou CRL. Sur ST, AtariUpToDate lui attribue quatre titres datés de 1988 et 1989 : Gary Lineker’s Super Skills, War Machine, John Lowe’s Ultimate Darts et notre Gladiators. Le profil est clair : un atelier qui travaille vite, sur des genres très variés, plus proche de l’artisan que de l’auteur.
Les crédits de Gladiators sont courts, mais précis. David Crummack est à la programmation et au graphisme, avec Shaun McClure qui partage le travail graphique. Ian Potts est crédité pour la conception du jeu, et R. Campbell pour la musique. Le fait qu’un seul homme cumule la programmation et une partie des graphismes en dit long sur l’échelle du projet. On n’est pas dans une production d’équipe de vingt personnes avec un directeur artistique : c’est un jeu fait à quelques-uns, avec les moyens du bord.
Smash 16 et Interceptor : l’économie du jeu à petit prix
La fiche AtariMania indique que cette version est budget. Ça change la manière de juger le jeu. En 1989, l’Atari ST compte déjà une belle bibliothèque, mais les titres sortent à prix plein, et le public, souvent des adolescents qui économisent leur argent de poche, se tourne volontiers vers les labels à petit prix. Smash 16 en fait partie : le catalogue du Centre for Computing History montre que le label publiait des jeux pour Amiga et Atari ST à la fin des années 1980. Je n’ai en revanche trouvé aucune source fiable sur son histoire ou ses liens éventuels avec d’autres éditeurs, donc je ne m’avancerai pas.
Un jeu budget se juge selon d’autres critères qu’un hit à prix plein. On ne lui demande pas d’être un monument, on lui demande de tenir quelques soirées, d’être jouable dès la première minute et de ne pas faire honte à la machine. À ce petit jeu, la présence de sons numérisés est plutôt un bon signe. Le jeu a même eu droit à une seconde vie : AtariMania mentionne une réédition chez Interceptor Software en 1991, en Europe. Deux ans après, il valait encore la peine d’être remis en rayon.
Un jumeau sur Amiga, une note sur un seul vote
Le jeu n’est pas resté exclusif au ST. Le Centre for Computing History recense un Gladiators sur Amiga, publié par Smash 16 en 1989, avec là aussi David Crummack comme auteur. Atari Legend renvoie d’ailleurs vers la fiche Amiga de LemonAmiga. Dans le monde du jeu budget, programmer la même chose pour deux machines 16 bits par le même homme était courant : le coût de développement se partageait, et le prix de vente restait contenu. Reste à savoir si les deux versions se valent. Je n’ai pas de comparaison sérieuse à vous offrir, et je ne vais pas inventer un match ST contre Amiga à partir de rien.
Côté accueil, Atari Legend affiche 3,75 sur 5. Avant de s’enflammer : cette note repose sur un seul vote. C’est un indice, pas un verdict. Elle dit seulement qu’au moins un joueur a trouvé le jeu agréable, ce qui est déjà plus que pour beaucoup de titres oubliés. AtariMania, de son côté, n’affiche aucune note : zéro vote, zéro commentaire. Ce silence est lui-même un renseignement. Le jeu n’a pas marqué les mémoires, ni en bien ni en mal.
Ne pas le confondre avec ses homonymes
Le titre Gladiator au singulier a une longue histoire dans le jeu vidéo. Le plus célèbre est un jeu d’arcade de Taito, développé par Allumer et sorti en 1986, qui a été adapté sur ZX Spectrum, Amstrad CPC et Commodore 64 sous le nom Great Gurianos. Ce jeu-là n’a pas de lien documenté avec la disquette de Smash 16, et je n’ai trouvé aucune source qui affirme le contraire. La ressemblance des noms est probablement une coïncidence de plus dans une époque où tout le monde piochait dans l’Antiquité romaine pour baptiser ses jeux de bagarre.
Ce qui amène à une prudence de moteur de recherche : si vous cherchez ce jeu précis, ajoutez « Smash 16 » ou « Wise Owl » à votre requête, sinon vous passerez votre soirée devant des Gladiateurs en collants et des pubs pour boissons énergisantes. Cette confusion explique d’ailleurs en partie pourquoi l’ancienne version de cette page était à côté de la plaque : un titre générique, un nom qui évoque immédiatement la télé, et personne pour vérifier la fiche.
Le jouer aujourd’hui
Bonne nouvelle pour les curieux : le jeu est conservé. AtariMania propose un dump au format Pasti, et Atari Legend note que Gladiators figure sur plusieurs disques de menu de l’époque (Blue Software, Gravatics, Impact et The Medway Boys), ces compilations que s’échangeaient les possesseurs de ST. Il a donc beaucoup circulé, bien plus que ne le laisse penser son silence critique. Sur un émulateur, le chargement est quasi immédiat, et un joystick (ou un clavier configuré comme tel) suffit.
Mon conseil : regardez d’abord la vidéo de la chaîne AtariGreenlog, puis lancez le jeu vous-même. Vous saurez en cinq minutes ce que les fiches ne disent pas : la réactivité des coups, la lisibilité des sprites, la patience qu’exige le jeu. Si vous aimez les beat’em up de cette période, vous pouvez aussi comparer avec des jeux nettement mieux documentés comme Barbarian ou Double Dragon, présentés plus bas.
Un jeu de passage, assumé comme tel
Gladiators ne changera pas votre vision de l’Atari ST. C’est un jeu budget de 1989, fait par une petite équipe, publié sous une étiquette modeste, et qui a sans doute rempli son contrat : offrir une bagarre de plus à ceux qui n’avaient pas de quoi s’offrir les gros titres. Ce qui le rend intéressant aujourd’hui, c’est moins ce qu’il propose que ce qu’il raconte : la face discrète du catalogue ST, celle des labels à petit prix, des programmeurs à demi anonymes et des fiches presque vides sur lesquelles on ne peut plus que lever les mains. Un bon exemple de pourquoi la préservation compte, et pourquoi chaque erreur d’un vieux site, comme la mienne ici, vaut la peine d’être corrigée.
À lire aussi sur le blog :
→ Barbarian sur Atari ST : décapitations et épées en 16 bits pour un jeu qui a marqué les esprits
→ Double Dragon sur Atari ST : une redécouverte méritée
FICHE DU JEU
- Jeu
- Gladiators
- Machine
- Atari ST
- Sortie
- 1989
- Voir aussi
- Domark, Sport
- Référence
- Gladiators sur Atarimania
Y rejouer aujourd'hui
L'émulateur libre Hatari reproduit l'Atari ST sous Windows, macOS et Linux. Il lui faut l'image disque du jeu, à tirer de votre propre disquette. Les versions originales se trouvent encore d'occasion, et certains éditeurs ont réédité leurs titres.