Premier réflexe devant le titre : un jeu. Une sorte d’aventure autour de Mozart, pourquoi pas, avec un petit compositeur en perruque à guider d’un salon à l’autre. Puis la vidéo démarre, et on tombe sur une portée, un clavier de piano dessiné en bas de l’écran, un compteur de fautes, un chronomètre et un petit bonhomme étiqueté « Aide ». Pas de monstres, pas de boss, pas de scrolling. Amadeus, sur Atari ST, n’est pas un jeu : c’est un logiciel pour apprendre la musique, et c’est précisément ce qui le rend intéressant à raconter.
Ni jeu d’action, ni jeu tout court
Autant lever l’ambiguïté tout de suite, parce que la ludothèque ST en regorge : le nom est trompeur. Les fiches d’AtariMania classent Amadeus ST dans la catégorie « Education – Music », et l’une des deux entrées de la base le range même en « Music / Sound », côté utilitaires. Sur AtariUpToDate, il est également rangé dans « Education – Music » sous la rubrique Science et éducation. Trois classements, un seul verdict : on est du côté du logiciel éducatif, pas de l’arcade ni de l’aventure.
Ce que l’on sait avec sûreté tient en quelques lignes. Le logiciel est français, en français, édité par une structure créditée « Viva TV » sur AtariMania. Le studio de développement indiqué est Digital Laboratory Research, et deux noms de programmeurs reviennent : Stéphane Cabanis et Michel Gonet. Il se pilote entièrement à la souris, pour un seul utilisateur, et tient sur une disquette double face. La machine minimale annoncée est un ST ou un STe avec 512 Ko de mémoire. C’est maigre, mais c’est tout ce que les sources consultées permettent d’affirmer sans broder.
Et la date ? Là, honnêtement, impossible d’être catégorique. Aucune des deux fiches d’AtariMania ne donne d’année. Un indice tout de même : l’une d’elles renvoie à une page du International TOS Software Catalog daté de l’hiver 1992, ce qui laisse penser que le logiciel circulait à cette date, sans dire quand il est sorti. Je m’en tiendrai donc à « début des années 1990, au plus tard », en rappelant que c’est une déduction et non une date de sortie.
Ce que montre la vidéo, écran par écran
Le longplay de la chaîne permet de se faire une idée assez précise de l’ambiance, à condition de ne lui faire dire que ce qu’il montre. On y croise d’abord un écran de texte bleu intitulé « Cours (suite) » : de longs paragraphes en français, sur fond de couleurs franches, qui servent de leçon avant l’exercice. C’est la partie « manuel intégré » du logiciel, et elle rappelle que l’on a affaire à un outil pédagogique qui assume son côté scolaire.
Vient ensuite l’écran d’exercice, le plus parlant. Une portée en clé de sol occupe le centre, avec quelques notes posées dessus. En dessous, un clavier de piano dont les touches blanches portent leurs noms : do, ré, mi, fa, sol, la, si. À droite, un bouton « Stop » rouge pour revenir en arrière, un petit personnage pour demander de l’aide, et à côté du clavier deux compteurs, « Fautes » et « Temps ». On repère aussi une indication « La 3 » avec un diapason stylisé, qui évoque le la de référence. Au-dessus de la portée, une illustration de phonographe à pavillon, avec le nom du logiciel : on est loin du Mozart en perruque, mais le clin d’œil à la musique enregistrée est charmant.
Le principe saute aux yeux : le logiciel affiche des notes, vous cliquez sur la touche correspondante, il compte vos erreurs et votre temps. C’est de l’entraînement à la lecture de notes, le genre d’exercice que tout élève de conservatoire a pratiqué sur papier, ici transposé à la souris. Pas de gloire, pas de score à battre, mais un petit côté « jeu de rapidité » dès que le chronomètre s’en mêle.
Un troisième écran apparaît en cours de vidéo : un décor chargé de pastilles de couleur, avec des bobines de magnétophone en haut, deux compteurs numériques au centre et un bouton « Stop ». Son titre, à l’écran, est difficile à lire, et je ne m’avancerai pas sur sa fonction exacte. L’allure générale évoque une console d’enregistrement ou un séquenceur rudimentaire. Reste que rien dans les sources ne décrit ce module, donc c’est une hypothèse de spectateur, pas une information.
Le ST, machine à musique malgré lui
Pourquoi un logiciel de solfège sur ST plutôt que sur une autre machine ? Parce que l’Atari ST avait, dès la sortie, un atout rare pour un ordinateur grand public : des prises MIDI intégrées, de série, sur le boîtier. Cette particularité a fait du ST un compagnon naturel des studios, au point que des logiciels comme Cubase, Notator ou Pro-24 y ont fait carrière. Le ST sonnait par lui-même de façon plus rustique, avec sa puce sonore à trois voix, mais il savait parler aux claviers, aux expandeurs et aux boîtes à rythmes.
Dans ce paysage, Amadeus ST occupe l’étage du dessous : celui du débutant, ou de l’élève qui veut réviser. Les fiches ne disent pas si le logiciel exploite la sortie MIDI, et je ne l’affirmerai pas. Ce qui est visible, c’est un clavier virtuel qu’on actionne à la souris et un contenu pensé pour la lecture de partition. Concurrencer les séquenceurs professionnels n’était manifestement pas le propos.
Côté écran, le ST impose ses règles. Les fiches mentionnent la basse résolution comme la haute résolution selon les entrées, et AtariUpToDate parle de basse résolution. La vidéo, avec ses aplats colorés, montre une version en couleurs. En haute résolution, sur le moniteur monochrome des studios, ce genre de portée et de clavier aurait eu une netteté appréciable. Là encore, les sources divergent, et je préfère le signaler plutôt que de trancher.
Un cours de solfège sans professeur : forces et limites
Avouons-le : sur le papier, l’idée est excellente. Un logiciel patient, qui ne soupire pas quand on confond un fa et un sol pour la dixième fois, qui compte vos fautes sans commentaire et vous laisse recommencer à l’infini. Le bouton d’aide, le retour en arrière à tout moment, le compteur de temps : tout cela dessine une pédagogie douce, loin de la règle sur les doigts.
Les limites sont tout aussi évidentes. Je n’ai pu examiner que des images de la vidéo, sans pouvoir juger du son, et aucune source ne décrit la manière dont le logiciel joue les notes. Je ne peux donc pas dire si le piano virtuel sonne bien, ni si l’oreille y trouve son compte. Or apprendre la musique sans l’entendre, c’est un peu comme apprendre à nager par correspondance. Si le programme joue chaque note choisie, l’exercice devient un vrai pont entre la partition et le son ; s’il se contente de cocher des cases, on frôle l’exercice de bureau.
Autre doute légitime : le contenu pédagogique réel. Entre l’écran de cours et l’exercice, on devine une progression, mais les fiches ne listent aucune leçon, aucun niveau, aucune méthode. Je me garderai donc de le comparer aux méthodes de solfège de l’époque. Ce serait inventer.
Accueil, rareté et état de la préservation
Côté public, le logiciel a laissé peu de traces. Les deux fiches d’AtariMania affichent chacune deux votes de lecteurs, avec des notes de 6/10 et de 7/10. Deux voix, c’est trop peu pour parler de réputation, mais ce n’est pas un camouflet non plus. Le catalogue de l’hiver 1992 en parle ; aucune critique de magazine n’est reproduite, et la mention « Scans wanted » rappelle qu’il manque des documents. Le fichier de la disquette est lui aussi noté « Missing dump(s) » : aucune copie de la disquette n’y est référencée, ce qui rend la vidéo d’autant plus précieuse comme témoignage.
C’est le sort fréquent des logiciels éducatifs et des utilitaires : personne ne rejoue à un cours de solfège pour le plaisir, et les collectionneurs vont d’abord vers les jeux. Pourtant, pour qui s’intéresse à l’histoire de la machine, ces programmes racontent autre chose que la course au shoot’em up : l’ordinateur comme outil d’apprentissage, à une époque où le ST ne servait pas qu’à jouer.
Faut-il s’y intéresser en 2026 ?
Si vous cherchez une partie à enchaîner entre deux cafés, passez votre chemin. Si vous êtes curieux de l’envers du décor ST, regardez la vidéo : en quelques minutes, on y lit toute une façon de concevoir un logiciel français du début des années 1990, avec ses couleurs crues, ses boutons explicites, ses intitulés en toutes lettres et son bonhomme d’aide, un peu timide.
Ce petit programme n’a pas laissé d’héritage, ni de réputation, ni même de date de naissance certaine. Mais il a une qualité rare : il sait ce qu’il est. Il n’a jamais prétendu être le Marble Madness de la pédagogie. Il pose une portée, un clavier, et vous demande : « C’est quelle note ? ». Trente ans après, la question reste bonne.
À lire aussi sur le blog :
→ Troubadours sur Atari ST, un autre mélange de musique et de jeu sur le même ordinateur.
→ Trivial Pursuit sur Atari ST, pour qui aime tester ses connaissances à l’écran.
En savoir plus : fiche AtariMania (éducatif) · fiche AtariMania (utilitaire) · fiche AtariUpToDate.
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Y rejouer aujourd'hui
L'émulateur libre Hatari reproduit l'Atari ST sous Windows, macOS et Linux. Il lui faut l'image disque du jeu, à tirer de votre propre disquette. Les versions originales se trouvent encore d'occasion, et certains éditeurs ont réédité leurs titres.