Une plage, un ciel sans nuage, une planche sous le bras et, quelque part, un synthétiseur qui pousse trois accords en boucle. Pas besoin de plus pour planter le décor de California Games. Sur le papier, c’est une carte postale. Sur disquette, c’est une compilation d’épreuves qu’on finit par disputer à quatre sur le même joystick, en se passant la manette comme un bâton de relais. Sur Atari ST, la carte postale arrive avec un peu de retard, mais elle arrive.

Pas un jeu d’action : une compilation de sports de glisse

Une précision d’entrée, parce qu’on classe trop vite tout ce qui bouge dans la case « action » : California Games est un jeu de sport, plus exactement une compilation d’épreuves courtes, sur le modèle des Summer Games et Winter Games qu’Epyx avait déjà fait fructifier. Pas de scénario, pas de niveaux à franchir, pas de boss. Chaque épreuve est un petit jeu indépendant avec son propre contrôle, son propre barème et sa propre manière de vous faire perdre patience.

Le principe est celui de la série : vous choisissez un nom, vous sélectionnez l’épreuve que vous voulez tenter (ou vous les enchaînez), vous empochez des points, et le total fait office de classement. À plusieurs, on joue à tour de rôle. Ce n’est pas un duel en direct, c’est une succession de passages en solo où chacun regarde l’autre se planter avec une satisfaction à peine dissimulée.

L’idée de départ, d’après un retour historique publié par Gamereactor, est venue d’un constat simple : Epyx voyait les jeunes Américains se passionner pour les sports de rue et de plage, et a repris la recette de ses Games pour un jeu plus décontracté, plus « vacances ». Le jeu a été conçu en interne entre 1986 et 1987 par une équipe d’une douzaine de personnes, chaque programmeur s’occupant d’un sport. On sent ce découpage : les six épreuves n’ont pas la même finition.

California Games sur Atari ST — chaîne AtariGreenlog

Les six épreuves, de la plus brillante à la plus oubliable

Le surf est la vedette, et c’est mérité. On y dirige un surfeur nommé Rippin’ Rick sur une vague qui déroule, avec des figures à placer et une chute qui coûte cher. La légende interne veut qu’un vrai surfeur ait travaillé sur cette épreuve, et ça se ressent dans la logique : il faut lire la vague, pas seulement appuyer sur des directions. C’est l’épreuve qu’on relance spontanément après une chute, en se promettant de rester debout cette fois.

Le BMX est plus nerveux : un parcours semé d’obstacles, des bosses à sauter, des figures en l’air pour grappiller des points. C’est celle qui se prête le mieux au « allez, encore une » parce que la faute est toujours la vôtre. Le magazine américain STart, à propos de la version vendue avec la Lynx, citait justement le BMX et le surf parmi ses épreuves préférées, tout en jugeant le skate frustrant.

Le half-pipe, c’est le skateboard sur une rampe en U : on monte, on décolle, on enchaîne les figures avant de retomber. Il a été conçu par Chuck Sommerville, un nom que les amateurs de puzzle reconnaîtront comme celui du créateur de Chip’s Challenge. Il demande un vrai sens du timing, et il faut un peu de pratique pour dompter la retombée.

Le roller (patins à roulettes) est un parcours de glisse avec des obstacles à éviter. Efficace, sans plus.

Le footbag, le fameux « hacky sack », consiste à garder une petite balle en l’air avec les pieds, les genoux et la tête, en combinant les touches pour enchaîner des figures. Signé Ken Nicholson, que l’on retrouvera plus tard dans l’histoire de DirectDraw chez Microsoft, c’est l’épreuve la plus étrange : amusante dix minutes, puis un peu répétitive. STart disait la même chose à l’époque : elle s’use vite.

Le frisbee ferme la marche. L’épreuve est la plus mince des six, et on la lance surtout pour compléter le tableau.

Un mot de prudence sur ces épreuves : la liste et même le détail des contrôles varient légèrement d’une machine à l’autre. Les versions Lynx et Atari 2600, par exemple, n’en proposaient que quatre. Sur ST, la compilation est complète, mais je ne prétendrai pas connaître chaque détail de réglage de cette version précise.

Epyx, la maison des Games

Epyx, c’est l’éditeur californien qui a fait de la compilation sportive une marque. Fondé à la fin des années 70 sous le nom d’Automated Simulations par Jim Connelley et Jon Freeman, il a pivoté vers l’action et le sport pour devenir Epyx, avec plus de deux cents employés et plus d’une centaine de jeux à son catalogue au milieu des années 80. Les Games en sont le fer de lance : Summer Games, Winter Games, World Games, puis California Games.

Le jeu s’est vendu à plus de 300 000 exemplaires en neuf mois et a dépassé les 500 000 vers 1989, ce qui en fait, selon les sources, le titre le plus vendu de la série. Epyx a aussi remarqué un détail amusant en test : c’est son premier jeu à avoir séduit autant les filles que les garçons. En Europe, c’est U.S. Gold qui distribuait Epyx, ce qui explique que vous trouviez souvent ce nom sur les boîtes de ce côté de l’Atlantique. Sur la boîte comme dans le code, California Games reste du Epyx de bout en bout.

La fin d’Epyx est moins ensoleillée. Le projet de console portable qui deviendra la Lynx a tourné au conflit avec Atari, les effectifs ont fondu de plus de deux cents personnes à moins de vingt, et la société a été mise en redressement à l’automne 1989. Ironie du calendrier : c’est exactement l’année où California Games sort sur ST et sert de jeu fourni avec la Lynx.

La version ST : 1989 et ses 512 couleurs

Le jeu est d’abord sorti sur Commodore 64 et Apple II en 1987. L’Amiga a suivi en 1988 (le portage serait l’œuvre de Westwood Associates), puis le ST en 1989 selon les bases de données que j’ai consultées. Autrement dit, le ST reçoit le jeu avec un à deux ans de retard sur les machines 8 bits, ce qui n’a rien d’exceptionnel à l’époque. Je n’ai pas trouvé de source fiable qui nomme l’équipe de programmation du portage ST : mieux vaut le dire que l’inventer.

Ce que le ST apporte, c’est ce que la machine sait faire de mieux sur ce genre de jeu : une palette de 512 couleurs dont seule une petite partie s’affiche à l’écran, mais qui suffit à rendre le bleu de l’océan et les chemises criardes. Face au Commodore 64, la différence se voit tout de suite,. Face à l’Amiga, le ST fait généralement un cran en dessous pour le son (la puce Yamaha ne rivalise pas avec le Paula d’Amiga), mais pour un jeu où le gameplay compte plus que la musique, l’écart s’oublie vite.

Côté manette, le joystick à un bouton suffit, et c’est un atout : pas besoin de comprendre un schéma de touches compliqué, on branche et on joue. C’est aussi ce qui fait de California Games un excellent jeu de salon pour des gens qui ne jouent jamais.

Ce que la presse en disait

L’accueil général est très bon. Computer Gaming World recommandait le jeu et le trouvait amusant, Compute! le jugeait « à la fois inventif et charmant », et Zzap!64 lui a attribué 97 % avec une médaille d’or pour la version Commodore 64. Sur Master System, il a même trôné en tête des ventes britanniques début 1990, devant R-Type et Wonder Boy III. Je n’ai pas trouvé de note de magazine d’époque propre à la version ST, et je préfère ne pas en inventer : les chiffres cités ici concernent d’autres versions.

Le vrai défaut : l’inégalité

Soyons honnêtes, California Games n’est pas un chef-d’œuvre sans faille. Deux épreuves sont excellentes, deux sont solides, deux sont presque des remplissages. La compilation vit sur son ambiance et sur l’envie de battre le score d’un ami, pas sur la profondeur. Si vous cherchez un jeu qui se découvre sur vingt heures, passez votre chemin.

En revanche, si vous voulez un jeu qui se lance en trente secondes, qu’on comprend sans notice et qui fait rire un salon entier, il est difficile de faire mieux sur la machine. C’est le même esprit que World Games et ses épreuves tout autour du globe, ou que Summer Olympiad, autre compilation d’épreuves sportives du catalogue ST.

Y rejouer aujourd’hui

En émulation, le jeu tient parfaitement la route. Le surf et le BMX n’ont pas vieilli, le half-pipe reste exigeant, et le tout se règle en une soirée, manettes en main avec trois amis. Le charme rétro des sponsors (Santa Cruz Skateboards, Casio, Kawasaki, Ocean Pacific, Costa Del Mar) en dit plus long sur l’époque que n’importe quel documentaire.

Mon verdict : California Games sur ST n’est pas le sommet technique de la machine, mais c’est l’un de ses meilleurs jeux de bande. Lancez le surf, ratez trois vagues, et vous comprendrez pourquoi cette compilation s’est vendue à des centaines de milliers d’exemplaires.

À lire aussi sur le blog :
→ World Games sur Atari ST, l’autre grande compilation d’épreuves signée Epyx.
→ Summer Olympiad sur Atari ST, une autre compilation d’épreuves sportives sur le même principe.

En savoir plus : fiche MobyGames · Wikipédia (en).

FICHE DU JEU

Jeu
California Games
Machine
Atari ST
Sortie
1989
Voir aussi
Epyx, Sport
Référence
California Games sur Atarimania

Y rejouer aujourd'hui

L'émulateur libre Hatari reproduit l'Atari ST sous Windows, macOS et Linux. Il lui faut l'image disque du jeu, à tirer de votre propre disquette. Les versions originales se trouvent encore d'occasion, et certains éditeurs ont réédité leurs titres.