Le monde a fini par rendre l’âme, la couche d’ozone avec. En surface, il ne reste que du bitume craquelé, des carcasses et des bandes de pillards qui considèrent les vieilles autoroutes comme leur propriété privée. Sous terre, les survivants vivent entassés dans des cités. Entre les deux, quelqu’un doit bien transporter la marchandise. C’est là que vous entrez en scène, au volant d’un véhicule bricolé, avec un pare-chocs qui sent la mauvaise intention et un accélérateur que vous n’avez aucune raison de lâcher.

Voilà le point de départ d’Overlander, un jeu de conduite et de tir publié par Elite Systems. Sur Atari ST, il sort en 1988 sur une disquette, et non en 1989 comme on le lit parfois : cette date correspond à la réédition « Power Pack » publiée sous label Atari. Mieux vaut le préciser d’emblée.

Overlander sur Atari ST, séquence de jeu — chaîne AtariGreenlog

Mad Max dans un salon de 1988

Il suffit de lire le synopsis pour comprendre d’où vient l’inspiration. Un futur proche, des routes désertes, des voitures customisées, des bandes hostiles : Overlander pioche ouvertement dans l’imaginaire de Mad Max 2, comme une bonne partie de la culture populaire de la décennie. À l’époque, les éditeurs de jeux vidéo n’ont aucun complexe à ce sujet, et c’est tant mieux : le résultat est direct, lisible, et on comprend en trois secondes ce qu’on attend de nous.

Ce qu’on attend de nous, justement, est simple. On roule, on tire, on évite de finir en tas de ferraille. Le jeu s’inscrit dans la lignée de Roadblasters, la borne d’Atari Games sortie en 1987, avec une route vue de derrière la voiture et des adversaires qui surgissent de l’horizon. Les bases de données de jeux classent d’ailleurs Overlander dans la catégorie « drive, shoot » : ni une vraie course, ni un shoot’em up pur, mais un mélange des deux. Sur le papier, c’est le genre de recette qui ne peut pas rater, du moins pour qui aime que l’on mélange l’odeur de gomme brûlée et celle de la poudre.

Il y a une couche supplémentaire par-dessus. Les versions Elite présentent le jeu comme une succession de transports de marchandises : vous êtes un « overlander », un convoyeur qui traverse la surface pour livrer sa cargaison. L’argent gagné sert à améliorer la voiture, pour la rendre plus rapide et plus puissante. Ce n’est pas révolutionnaire, mais cette petite boucle de progression donne un sens à la conduite. On ne tire pas seulement parce que c’est amusant, on tire parce que la facture du garage est salée.

Un jeu qui descend de l’arcade, pas d’une simulation

Dire que c’est un jeu de conduite mérite une nuance. Overlander ne vous demande ni de gérer un moteur, ni de lire une carte, ni de choisir des pneus. La route défile en pseudo-3D, vous la prenez comme elle vient, et votre arme sert à dégager le chemin. Le plaisir vient du rythme : un virage qui apparaît trop tard, un ennemi qui coupe votre trajectoire, un réflexe pour viser, et ça recommence.

Cette parenté avec l’arcade est à la fois sa force et sa limite. Sa force, parce que le jeu se prend en main immédiatement : pas de manuel de quarante pages, pas d’apprentissage laborieux. Sa limite, parce que ce type de jeu repose entièrement sur la sensation de vitesse et sur la variété des situations. Sur un ordinateur de 1988, avec un processeur 68000 à 8 MHz qui doit calculer une route, des sprites et des tirs en même temps, la vitesse est forcément une affaire de compromis. Les programmeurs de l’époque avaient des astuces pour faire croire à la profondeur : bandes de couleur qui alternent, relief qui se dessine par à-coups, objets qui grossissent en approchant. Je n’ai pas le code sous les yeux, mais c’est le registre habituel de ce type de jeu.

Ce qu’on perd en fluidité, on le gagne en caractère. Le ST n’a jamais été la machine reine du scrolling rapide, tout le monde le sait, mais il a abrité de nombreuses adaptations d’arcade qui assumaient leurs limites avec panache. Overlander appartient à cette famille : une ambiance qui fonctionne parce que la route est vide et que le danger arrive par surprise.

Qui a fait quoi : des crédits qui restent flous

C’est ici que je dois rester prudent. Côté éditeur, aucune ambiguïté : Elite Systems, société britannique née en 1984, d’abord connue sur ZX Spectrum et Commodore 64, signe le jeu et le publie en 1988. Pour la version Spectrum, les sources citent Mark Haigh-Hutchinson, Peter Tattersall et Gary Tonge. Sur Commodore 64, une fiche mentionne Richard Underhill. Ce sont des noms qu’on retrouve dans les crédits de plusieurs jeux britanniques de l’époque.

Pour l’Atari ST, c’est moins net. Les archives que j’ai pu consulter attribuent la version 1988 à un auteur désigné par les initiales « PMS », sans plus de détail, et je n’ai trouvé aucune source fiable qui nomme clairement l’équipe de la version ST. Je préfère donc ne pas inventer : il s’agit probablement d’une adaptation réalisée à part du travail sur Spectrum, ce qui était courant, mais je ne peux pas l’affirmer. Si l’un d’entre vous a le manuel ou l’écran de titre sous les yeux, les commentaires sont ouverts.

Une version Amiga existe aussi, datée de 1990 chez Elite. Cela explique en partie pourquoi la version ST n’a pas toujours été comparée à sa cousine : elle est sortie deux ans plus tôt et sans le même battage.

Ce que la presse en pensait

La réception de la version ST est difficile à documenter, et je ne vais pas fabriquer des notes que je n’ai pas vues. En revanche, la version ZX Spectrum, elle, a laissé des traces : des tests dans C&VG, Crash, Sinclair User, The Games Machine et Your Sinclair, avec des notes qui vont d’environ 68 % à 86 %, et des 8/10 à 9/10 chez Your Sinclair. Ce n’est pas un chef-d’œuvre unanime, mais pour un jeu de conduite et de tir sorti à une époque où le genre était saturé, c’est une réception honorable.

Ces notes concernent une autre machine, évidemment. Elles disent seulement que le concept tenait la route à l’époque. Sur ST, l’écart de puissance avec le Spectrum aurait dû jouer en faveur d’Overlander, et on peut raisonnablement penser que les joueurs y trouvaient au moins autant leur compte. Mais je répète que c’est de la déduction, pas un fait établi.

Le point qui fâche : le jeu et les TOS récents

Un détail propre à l’Atari ST mérite d’être connu si vous voulez le relancer aujourd’hui. D’après la fiche de la base d’archives que j’ai consultée, l’original de 1988 ne fonctionne pas sur les TOS 1.04, 1.06 et 1.62, et signale des erreurs sur le TOS 2.06. Autrement dit, le jeu supporte mal les machines qui ont reçu des ROM plus tardives, un classique du ST à l’époque, quand chaque éditeur programmait pour la version de TOS qu’il avait sur son bureau.

Les images disque corrigées qui circulent contournent ce problème, et incluent une option de vies illimitées. C’est une bonne nouvelle pour qui veut simplement redécouvrir le jeu sans pester contre un écran noir. Cette version corrigée demande 512 Ko de RAM, ce qui correspond à un 520 STF classique, et une version installable sur disque dur existe pour les machines plus récentes, TT et Falcon compris.

Pourquoi on y revient quand même

Alors, Overlander est-il un grand jeu ? Honnêtement, non. C’est un bon jeu, de ceux qui ne figurent pas dans les listes des meilleurs titres de l’ST, mais qui se rappellent à vous quand vous cherchez quelque chose de court, direct, et ancré dans une époque. Ce qui lui donne de l’intérêt, c’est son équilibre : suffisamment de conduite pour qu’on ne soit pas simplement dans un jeu de tir, suffisamment de tir pour qu’on ne s’ennuie pas au volant, et une toile de fond qui évite le « course de voitures sans raison ».

Ce qui me plaît dans ces jeux de la fin des années 80, c’est leur manière d’assumer leurs influences. Ici, personne ne prétend avoir inventé le monde post-apocalyptique : on prend le désert, la tôle et les pillards, on remue, on ajoute des lignes de code, et on laisse le joueur remplir les trous avec son imagination. La séquence que j’ai filmée pour la chaîne AtariGreenlog en donne une idée honnête, en quelques minutes, sans promesse exagérée.

Verdict : un convoi sans gloire, mais avec du caractère

Pour résumer ce qu’Overlander a de précieux sans employer les formules qui sentent le rapport scolaire : c’est un jeu qui sait ce qu’il est. Il n’a pas la fluidité de ce que l’Amiga proposera ensuite, il n’a pas le prestige des bornes dont il s’inspire, il a des crédits ST mal documentés et des problèmes de compatibilité avec certains TOS. Mais il a une idée claire, une ambiance reconnaissable et une boucle d’amélioration de la voiture qui donne envie de repartir pour un dernier trajet.

Si vous cherchez un jeu pour impressionner des amis qui ne connaissent pas l’ST, ce ne sera pas celui-là. Si vous voulez retrouver ce que c’était de louer, d’échanger ou de recevoir une disquette Elite et de se demander ce qu’il y avait dessus, alors oui, Overlander est une bonne porte d’entrée. Et si vous aimez la route, la poussière et la tôle froissée, il y a de quoi passer un moment sympathique, quitte à le refermer une fois la cargaison livrée.

À lire aussi sur le blog :
→ Badlands sur Atari ST : la course post-apocalyptique venue de l’arcade Atari
→ Roadwar 2000 sur Atari ST

FICHE DU JEU

Jeu
Overlander
Machine
Atari ST
Sortie
1989
Référence
Overlander sur Atarimania

Y rejouer aujourd'hui

L'émulateur libre Hatari reproduit l'Atari ST sous Windows, macOS et Linux. Il lui faut l'image disque du jeu, à tirer de votre propre disquette. Les versions originales se trouvent encore d'occasion, et certains éditeurs ont réédité leurs titres.