Il y a des jeux dont l’impact dépasse de loin leur popularité immédiate. Rogue en est l’exemple parfait. Créé à la fin des années 70, distribué par Epyx dans les années 80, ce jeu a donné son nom à tout un genre — le « roguelike » — qui est aujourd’hui un des plus populaires du jeu indépendant. Nethack, Diablo, Dead Cells, Hades… tous ces jeux descendent de Rogue. Et en 1986, vous pouviez jouer à l’ancêtre sur votre Atari ST.
Rogue : le dungeon crawl procédural originel
Rogue est un jeu de rôle de type dungeon crawl dans lequel vous explorez un donjon procéduralement généré — ce qui signifie que chaque partie est différente. Vous descendez de niveaux en niveaux, combattez des monstres, ramassez des objets aux effets inconnus (l’identification des potions et parchemins est un puzzle en soi), et cherchez l’Amulette de Yendor au 26ème niveau.
Sur Atari ST, Rogue a bénéficié d’une interface graphique — loin des versions originales en caractères ASCII pur — avec des petits sprites pour représenter les personnages et monstres. Ce n’est pas impressionnant visuellement, mais c’est clairement plus accessible que la version texte pure. Le gameplay reste identique dans son essence.
Ce qui rend Rogue fondateur, c’est la combinaison de la génération procédurale et de la mort permanente (permadeath). Quand votre personnage meurt, c’est définitif — recommencez depuis zéro, avec un donjon différent. Cette mécanique crée une tension permanente et une rejouabilité infinie. On ne joue pas deux fois la même partie de Rogue.
L’histoire de Rogue : de l’université au monde entier
Rogue a été créé en 1980 par Michael Toy et Glenn Wichman à l’Université de Californie à Santa Cruz, puis développé avec Ken Arnold à Berkeley. À l’origine, c’était un jeu Unix distribué sur les réseaux universitaires — les étudiants y passaient des heures au lieu d’étudier, forçant certains administrateurs système à le bannir des serveurs.
Epyx a obtenu les droits commerciaux et distribué des versions graphiques pour le grand public dans la seconde moitié des années 80. La version Atari ST s’inscrit dans cette série de portages qui a amené Rogue à un public de masse.
L’influence de Rogue est immense — Nethack (1987) en est la suite directe, et le genre « roguelike » couvre aujourd’hui des centaines de jeux modernes. La combinaison génération procédurale + permadeath + RPG est devenue une des formules les plus durables du jeu vidéo.
Rogue sur ST et la tradition du RPG
En 1986, les RPG sur ordinateurs personnels étaient encore un domaine en formation. Wizardry, Ultima, et Rogue représentaient des approches différentes du genre. Sur Atari ST, le RPG était moins développé que sur PC MS-DOS où les series Wizardry et Ultima avaient leur base. Rogue apportait quelque chose de différent — moins narratif, plus systémique — qui allait marquer une autre tradition du RPG.
Pourquoi y rejouer aujourd’hui ?
Jouer à Rogue en 2024, c’est comprendre l’ADN de Dead Cells, de Hades, de Spelunky. C’est voir d’où vient ce qui vous fascine dans les roguelikes modernes. L’expérience est austère comparée aux descendants luxueux, mais la profondeur systémique est déjà là. Un voyage aux origines d’un genre fondateur.
Conclusion
Rogue sur Atari ST, c’est un artefact historique d’une importance capitale. Le grand-père de tout un genre, jouable sur votre machine préférée. Que vous soyez fan de Dead Cells ou de Hades, vous devez une révérence à ce jeu de 1986. AtariGreenlog vous en fait découvrir la version ST — et après ça, vous ne jouerez plus jamais à un roguelike sans penser à votre ancêtre sur disquette.
À lire aussi sur ce blog : Rolling Thunder sur Atari ST : espionnage à l’ère 16 bits
À lire aussi sur ce blog : The Running Man sur Atari ST (1989) : Schwarzy en pixels
En savoir plus : Fiche MobyGames | AtariMania