APB, pour All Points Bulletin, était à l’origine une borne d’arcade Atari Games de 1987 qui proposait une expérience de course policière délirante et humoristique. Jouer un policier qui devait remplir ses quotas d’arrestations tout en évitant d’accumuler trop de plaintes était une idée originale et bien exécutée en arcade. La question était de savoir si cette expérience pouvait survivre au portage sur Atari ST.
L’original arcade avait un volant et des pédales qui rendaient la conduite intuitive et physiquement engageante. Sur ST avec son joystick d’une seule main, la traduction des contrôles perdait forcément quelque chose. La conversion devait compenser cette perte par d’autres qualités.
Le concept policier et humoristique
APB repose sur une prémisse décalée : le joueur incarne l’officier Bob, un policier médiocre qui doit remplir des quotas journaliers d’arrestations (des ivrognes, des évadés fiscaux, des piétons imprudents) avant la fin de sa journée de service. Des infractions commises par le joueur lui-même (renverser des piétons, heurter d’autres voitures) s’ajoutent à son compteur de plaintes, et trop de plaintes signifie la fin de sa carrière.
Cet équilibre entre arrestations et bonnes conduites créait une tension gameplay intéressante et humoristique. On voulait arrêter le maximum de suspects mais on finissait toujours par en écraser quelques-uns en les poursuivant, déclenchant des plaintes qui compensaient les arrestations. Ce design paradoxal était le cœur du plaisir de la borne d’arcade.
Ce que montre la vidéo AtariGreenlog
La vidéo AtariGreenlog donne à voir la version ST d’APB dans ses conditions réelles. On y voit l’officier Bob sillonner les rues en quête de suspects, les poursuites qui tournent mal, et le compteur de plaintes qui monte inexorablement. Le jeu conserve sur ST quelque chose de l’humour de l’original, même si la vue de dessus et la maniabilité joystick changent l’expérience.
On voit aussi les différents types de suspects que Bob doit intercepter, chacun avec son comportement distinct. Les ivrognes se baladent en zigzag, les évadés courent en ligne droite, les piétons imprudents traversent sans regarder. Cette variété des cibles donne de la richesse au gameplay même dans la version ST.
Conversion et fidélité à l’original
La conversion ST d’APB a bénéficié d’un travail sérieux. Les développeurs ont tenté de préserver l’humour et le design du gameplay original tout en adaptant les contrôles au joystick. La vue aérienne permet de conserver la sensation de circulation urbaine, et le système de quota/plaintes est fidèlement transposé.
Là où la conversion perd le plus par rapport à l’arcade, c’est dans les sensations physiques de la conduite. Le volant et les pédales de l’arcade donnaient un feedback immédiat et physique qui n’existe plus sur ST. Le joystick change fondamentalement la façon dont on vit les poursuites, les rendant moins instinctives et plus calculées.
Graphismes et style visuel
Le style visuel d’APB sur ST est dans la lignée de l’arcade : coloré, caricatural, avec des personnages bien reconnaissables malgré leur petite taille. Les rues sont dessinées avec clarté, les suspects sont facilement identifiables, et les animations sont suffisantes pour rendre l’action lisible. Sur ST avec ses 16 couleurs, le rendu est cohérent avec l’esthétique de l’original.
L’interface conserve les éléments clés de l’arcade : le compteur de quotas, le compteur de plaintes, le temps restant, et le score. Ces informations sont affichées clairement et permettent de garder un œil sur sa situation sans quitter la route des yeux. La conversion est réussie sur ce point d’interface.
Durée de vie et rejouabilité
APB sur ST offre une bonne rejouabilité grâce à son système de score et à la progressivité des journées de service. Chaque journée devient plus difficile, avec plus de suspects à arrêter, des quotas plus élevés, et des rues plus peuplées. Cette escalade progressive maintient l’intérêt bien au-delà des premières parties.
Le jeu fonctionne bien en sessions courtes : une journée de service dure quelques minutes, ce qui en fait un excellent jeu pour des parties rapides. C’était l’héritage de l’arcade : des expériences conçues pour des sessions intenses mais brèves. Sur ST, cette caractéristique se traduit bien dans les habitudes de jeu à domicile.
Verdict
APB sur Atari ST est une conversion honorable d’une borne d’arcade originale et humoristique. Si elle perd quelques qualités physiques de l’original (le volant, les pédales, l’intensité arcade), elle conserve l’essentiel : le concept délirante, l’humour, et le système de quota/plaintes qui crée une tension gameplay unique. Pour les amateurs d’arcade sur ST, c’est un titre qui mérite d’être découvert ou redécouvert pour son concept toujours aussi plaisant.
L’arcade APB et son contexte
La borne d’arcade APB d’Atari Games était représentative d’une époque où les bornes d’arcade proposaient des expériences très différentes des jeux de salon. La taille de la borne, ses commandes spécifiques (volant, pédales), et sa présence dans les lieux publics créaient une expérience sociale et physique impossible à reproduire à domicile. La conversion sur ST était donc toujours une approximation, non pas un portage fidèle.
Atari Games (la division arcade, distincte d’Atari Corp qui produisait les ST) avait plusieurs licences iconiques à cette époque : APB, Road Blasters, Marble Madness. La conversion de ces titres sur ST et Amiga était une façon de prolonger la vie commerciale des licences arcade au-delà des bornes. Ces conversions avaient généralement un niveau de qualité variable selon les studios de portage.
APB dans la collection rétro
APB sur Atari ST est disponible via les archives de la scène rétro. Il fonctionne bien sous émulation et offre l’essentiel de l’expérience originale dans les limites du format ST. Pour les amateurs de jeux d’arcade portés sur ordinateur personnel, c’est un exemple intéressant de la façon dont ces conversions étaient gérées à l’époque, avec leurs inévitables concessions et leurs réussites partielles.
Le jeu garde une longévité correcte grâce à son système de score et à la difficulté croissante des journées de service. Des parties courtes de cinq à dix minutes, une répétabilité naturelle liée au score, et un concept original qui n’a pas vraiment d’équivalent direct dans le catalogue ST de l’époque. Un titre à connaître pour les amateurs d’arcade rétro.
La série APB et ses suites
APB n’a pas connu de suite directe, contrairement à beaucoup d’autres franchises d’arcade Atari Games. La borne originale a eu une durée de vie commerciale limitée en arcade, et les conversions domestiques n’ont pas engendré suffisamment d’enthousiasme commercial pour justifier un deuxième opus. C’est dommage car le concept avait un potentiel de développement réel : plus de types de suspects, des environnements urbains variés, une histoire progressive plus élaborée.
Ce type de concept policier humoristique a ensuite été repris et développé par d’autres jeux, notamment sur PC. L’idée d’un policier incompétent naviguant entre ses objectifs officiels et ses propres catastrophes a trouvé des descendants spirituels dans des jeux bien postérieurs. APB était en avance sur son temps dans sa vision du jeu policier comme comédie plutôt que comme simulation sérieuse.
La borne originale APB d’Atari Games est aujourd’hui considérée comme une curiosité de l’âge d’or de l’arcade, et la conversion ST reste un document valable de cette époque. Pour les amateurs d’arcade rétro qui veulent explorer les adaptations de bornes Atari sur ordinateurs personnels, APB sur ST est une visite recommandable.
APB reste un titre original et amusant dont le concept n’a jamais vraiment trouvé de successeur direct. Pour une soirée de gaming rétro, c’est une session courte et divertissante qui rappelle l’inventivité des bornes Atari Games de la fin des années 80. Un titre à (re)découvrir.